MANDOLINE

J'ai pour unique amante

Une fille charmante,

A l'oeil profond et doux

Comme un ciel andalous.

--Quelque ennui me tourmente.

Son tuteur subrogé

N'a, certes, pas songé

Que je pourrais peut-être

Entrer par la fenêtre.

--Je ne sais ce que j'ai.

C'est un moyen pratique,

Très-vieux, mais poétique

Et qui, pour nos amours,

Nous est d'un grand secours.

--Je suis mélancolique.

Que j'aime la rougeur

De plaisir et de peur

Dont rougit, quand j'arrive,

Mon amante craintive!

--J'ai du noir dans le coeur.

Seigneur! qu'elle est jolie!

J'en ai fait ma folie;

Et sans elle, ici-bas,

Je n'existerais pas.

--Tout m'attriste et m'ennuie.

Sa soeur a de grands yeux

Bruns; mais les siens sont bleus.

On ne sait trop laquelle

Des deux est la plus belle.

--Je suis très-malheureux.

Et, deux fois la semaine,

A l'église elle mène,

Ange plein de douceur,

Son tuteur et sa soeur.

--Comment guérir ma peine?

Ma main souffletterait

Quiconque toucherait

Un cheveu de la tresse

De ma jeune maîtresse.

--J'éprouve un mal secret.

Le coeur me bat d'avance.

Le soir, lorsque je pense

Que va sonner pour nous

L'heure du rendez-vous.

--Quelle triste existence!

Certes, j'aime à plein coeur

Cette belle en sa fleur,

Et l'amour de ma mie

M'est plus cher que ma vie.

--Mais ... j'aime aussi sa soeur.

Paris, Avril 1866.

Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866 · 第 112 / 212 题