VII

Un mois plus tard elle était nonne:

Et la belle, au fond d'un couvent,

Pleurait,--que Dieu le lui pardonne!

Moins sa faute que son amant.

Hélas! hélas! ô destinée,

A quoi bon l'avoir épargnée

Pour lui rendre des jours amers?

N'eût-il pas mieux valu pour elle,

A travers la nuit éternelle,

S'en aller morte au sein des mers?

On n'avait sauvé du naufrage

Ni passagers, ni matelots;

Victimes d'une nuit d'orage,

Tous avaient péri dans les flots.

Parmi ceux que la marée haute

Vint jeter le long de la côte,

L'oeil éteint et le front blémi,

La pauvre fille n'eut pas même

La consolation suprême

De reconnaître son ami.

C'est en vain qu'on chercha Patrice;

La mer avait dû l'engloutir,

Car on ne put rien découvrir

Qui de sa mort fût un indice.

Léone le pleura très-fort.

Je crois pourtant qu'on aurait tort

De parier qu'elle était veuve;

Et moi, si j'étais esprit fort,

Je ne croirais Patrice mort

Que lorsque j'en aurais la preuve.

Quoi qu'il en soit, à qui voudra,

Le suivant chapitre apprendra

Ce que tout ceci deviendra.

Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866 · 第 44 / 212 题