Je le crois comme vous,
C'est vrai. Car je sens bien qu'un jour, s'il se réveille,
Mon coeur, qu'on dit absent, qui, peut-être, sommeille
En attendant son heure, inondera mes sens
Comme un torrent sans frein qui renverse ou qui brise,
Ou qu'il m'envahira dans une ardente crise
Comme un feu souterrain comprimé trop longtemps.
Certes, l'émotion que votre aveu me cause
Est bien loin de cela, pour être de l'amour,
Mais, ce que vous étiez pour moi jusqu'à ce jour,
Je ne m'en rends pas compte et n'en sais autre chose
Que le vague plaisir que j'avais de vous voir.
Votre voix m'était douce et j'aimais à l'entendre;
Je vous aimais enfin, à quoi bon m'en défendre?
J'étais heureuse en vous attendant chaque soir.
M'étiez-vous un ami? Vous m'étiez plus, peut-être,
Et jusqu'ici, Stello, si j'ai, sans le vouloir,
En vous aimant ainsi fait grandir votre espoir,
Vous en avez le droit, vous pouvez méconnaître
Un tel nom. Mais, du moins, laissez-moi regretter
De ne point avoir su vous le faire accepter.
Ainsi dans le grand parc désert, sous la ramure,
Leurs voix s'entremêlaient comme un faible murmure;
Tous deux parlaient encore,--il faisait déjà nuit,--
Oubliant le destin devant cette nature,
Témoin de leur tristesse. Et quand Stello partit,
Son front cherchait en vain la fraîcheur passagère;
Il marchait au hasard et d'un pas inégal.
Une larme brûlante errait sous sa paupière;
Il emportait au coeur une blessure amère.
La comtesse en pleura, dit-on, jusqu'à son bal.