23 mars 1917. (14e carnet, page 15).

Toute l’après-midi d’hier, toute la soirée, je les ai passées dans

l’angoisse, le regret, la jalousie de G.[23] (dont à midi j’avais eu les

cartes datées de Paris). Ainsi il y en a qui peuvent réussir cela, il y

en a que la chance favorise à ce point! Au moment de me coucher, j’étais

tout près des larmes. Des larmes de pure tristesse, de pur regret de ne

pouvoir mettre ça dans mon passé.

[23] Un ami au front.

Et prenant saint Paul, comme chaque soir, pour en lire un chapitre, je

demandais à Dieu: «Mon Dieu, vais-je trouver la réponse, la consolation,

l’encouragement qu’il me faut pour persévérer dans la patience et dans

l’obscurité, pour renoncer à ce besoin de gloire qui me gonfle? Mon

Dieu, allez-vous me parler?»

Et au troisième verset déjà ces mots ont paru devant mes yeux comme une

vive lumière:

«Ne faites rien par un esprit de contestation, ni par _vaine gloire_;

mais que chacun de vous regarde les autres, par humilité, comme plus

excellents que soi-même.» (_Philipp._, II-3).

Et plus loin:

«Ainsi, mes bien-aimés, comme vous avez toujours obéi, travaillez à

votre salut avec crainte et tremblement, non seulement comme vous avez

fait en ma présence, mais beaucoup plus en mon absence.

«Car c’est Dieu qui produit en vous et la volonté et l’exécution, selon

son bon plaisir;

«Faites toutes choses sans murmures et sans disputes;

«afin que vous soyez sans reproche, sans tache, enfants de Dieu,

irrépréhensibles au milieu de la race dépravée et perverse, parmi

laquelle vous brillez comme des flambeaux dans le monde, y portant la

parole de vie.» (_Philipp._, II-3).

Aussitôt je me suis senti accablé sous votre bonté, sous votre force,

sous votre amour. C’est bien accablé qu’il faut dire. Toutes les forces

qui se gendarmaient en moi-même ne pouvaient plus rien contre votre

impérieuse volonté, contre cette façon à la fois impitoyable et si

miséricordieuse de me ramener au devoir, de me maintenir à ma place.

Vous êtes le plus fort, mon Dieu; je ne songe pas à vous le contester.

Vous me l’aurez fait assez sentir pour que j’en sois convaincu.

A la trace de Dieu · 第 147 / 151 题