Toute l’après-midi d’hier, toute la soirée, je les ai passées dans
l’angoisse, le regret, la jalousie de G.[23] (dont à midi j’avais eu les
cartes datées de Paris). Ainsi il y en a qui peuvent réussir cela, il y
en a que la chance favorise à ce point! Au moment de me coucher, j’étais
tout près des larmes. Des larmes de pure tristesse, de pur regret de ne
pouvoir mettre ça dans mon passé.
[23] Un ami au front.
Et prenant saint Paul, comme chaque soir, pour en lire un chapitre, je
demandais à Dieu: «Mon Dieu, vais-je trouver la réponse, la consolation,
l’encouragement qu’il me faut pour persévérer dans la patience et dans
l’obscurité, pour renoncer à ce besoin de gloire qui me gonfle? Mon
Dieu, allez-vous me parler?»
Et au troisième verset déjà ces mots ont paru devant mes yeux comme une
vive lumière:
«Ne faites rien par un esprit de contestation, ni par _vaine gloire_;
mais que chacun de vous regarde les autres, par humilité, comme plus
excellents que soi-même.» (_Philipp._, II-3).
Et plus loin:
«Ainsi, mes bien-aimés, comme vous avez toujours obéi, travaillez à
votre salut avec crainte et tremblement, non seulement comme vous avez
fait en ma présence, mais beaucoup plus en mon absence.
«Car c’est Dieu qui produit en vous et la volonté et l’exécution, selon
son bon plaisir;
«Faites toutes choses sans murmures et sans disputes;
«afin que vous soyez sans reproche, sans tache, enfants de Dieu,
irrépréhensibles au milieu de la race dépravée et perverse, parmi
laquelle vous brillez comme des flambeaux dans le monde, y portant la
parole de vie.» (_Philipp._, II-3).
Aussitôt je me suis senti accablé sous votre bonté, sous votre force,
sous votre amour. C’est bien accablé qu’il faut dire. Toutes les forces
qui se gendarmaient en moi-même ne pouvaient plus rien contre votre
impérieuse volonté, contre cette façon à la fois impitoyable et si
miséricordieuse de me ramener au devoir, de me maintenir à ma place.
Vous êtes le plus fort, mon Dieu; je ne songe pas à vous le contester.
Vous me l’aurez fait assez sentir pour que j’en sois convaincu.