Cette crise, cette rage, cette tempête de bonne volonté, tout à l’heure
pendant la messe. Non pas proprement religieuse. Politique plutôt. Le
besoin furieux de servir mon pays et l’idée du bien que je pourrai lui
faire plus tard. Décidément, les projets d’action politique font en moi
des progrès dangereux. Je voyais la somme d’énergie formidable qu’il va
nous falloir déployer rien que pour nous tirer de là. Et je voyais bien
que je ne pourrais pas rentrer après la guerre dans cette attitude
désintéressée et toute spéculative que j’avais avant. En même temps je
sentais l’étincelle qu’il fallait et j’étais content. Je sentais en moi
le germe et la possibilité du miracle qu’il va falloir que nous nous
mettions à tous pour accomplir. Bien que le catholicisme m’empêche
d’être complètement dupe du sentiment national, je sentais en moi un
dévouement véritablement dévorant pour ma patrie. Et même davantage:
l’impression que j’aurai accumulé dans ces deux ans ce qu’il faut
d’expériences, de connaissances et de réflexions pour être peut-être bon
à quelque chose. Quand ce ne serait qu’à écarter les miens de certains
abîmes.
Mais, mon Dieu, je vous le crie, faites que je sorte d’ici, le plus tôt
possible!
* * * * *
Je veux servir, je veux être bon à quelque chose. Ne me punissez pas
plus longtemps. Arrachez-moi à la situation épouvantable où je suis.
Faites droit à ce désir dévorant de bien faire qui me ronge le cœur, qui
m’échauffe les joues en ce moment.
Mon Dieu, servez-vous de cet innocent, de ce cœur coupable, mais sans
malice. Faites-en votre instrument pour quelque chose de bien, n’importe
quoi! Cédez à cette tempête en moi, que je fais tout mon possible pour
orienter dans le sens de ce qui vous est agréable. Vous vous rappelez à
quelles mauvaises choses elle tendait autrefois, et comme elle a failli
m’éloigner de vous. Mais maintenant elle ne veut plus que le bien.
Profitez-en, cédez, écoutez-moi! Je vous secouerai jusqu’à faire tomber
de vous ma grâce, ma levée d’écrou. Vous n’aurez pas la paix avec moi
avant!
Et après donc? Qu’est-ce que je ne vous demanderai pas encore, mon Dieu!