18 octobre 1916. (12e carnet, page 10).

Cette crise, cette rage, cette tempête de bonne volonté, tout à l’heure

pendant la messe. Non pas proprement religieuse. Politique plutôt. Le

besoin furieux de servir mon pays et l’idée du bien que je pourrai lui

faire plus tard. Décidément, les projets d’action politique font en moi

des progrès dangereux. Je voyais la somme d’énergie formidable qu’il va

nous falloir déployer rien que pour nous tirer de là. Et je voyais bien

que je ne pourrais pas rentrer après la guerre dans cette attitude

désintéressée et toute spéculative que j’avais avant. En même temps je

sentais l’étincelle qu’il fallait et j’étais content. Je sentais en moi

le germe et la possibilité du miracle qu’il va falloir que nous nous

mettions à tous pour accomplir. Bien que le catholicisme m’empêche

d’être complètement dupe du sentiment national, je sentais en moi un

dévouement véritablement dévorant pour ma patrie. Et même davantage:

l’impression que j’aurai accumulé dans ces deux ans ce qu’il faut

d’expériences, de connaissances et de réflexions pour être peut-être bon

à quelque chose. Quand ce ne serait qu’à écarter les miens de certains

abîmes.

Mais, mon Dieu, je vous le crie, faites que je sorte d’ici, le plus tôt

possible!

* * * * *

Je veux servir, je veux être bon à quelque chose. Ne me punissez pas

plus longtemps. Arrachez-moi à la situation épouvantable où je suis.

Faites droit à ce désir dévorant de bien faire qui me ronge le cœur, qui

m’échauffe les joues en ce moment.

Mon Dieu, servez-vous de cet innocent, de ce cœur coupable, mais sans

malice. Faites-en votre instrument pour quelque chose de bien, n’importe

quoi! Cédez à cette tempête en moi, que je fais tout mon possible pour

orienter dans le sens de ce qui vous est agréable. Vous vous rappelez à

quelles mauvaises choses elle tendait autrefois, et comme elle a failli

m’éloigner de vous. Mais maintenant elle ne veut plus que le bien.

Profitez-en, cédez, écoutez-moi! Je vous secouerai jusqu’à faire tomber

de vous ma grâce, ma levée d’écrou. Vous n’aurez pas la paix avec moi

avant!

Et après donc? Qu’est-ce que je ne vous demanderai pas encore, mon Dieu!

A la trace de Dieu · 第 139 / 151 题