6 septembre 1916. (11e carnet, page 16).

Pensée qui m’était venue tout à l’heure et que je cherche à ressaisir;

mais je n’y arrive que partiellement. Cela me semblait tellement

victorieux!

Voici en tous cas le commencement:

Si l’on se représente les écarts extrêmes dont l’expérience nous apprend

que le bonheur humain est susceptible, peut-on sérieusement prétendre

qu’une guerre comme la guerre actuelle puisse amener en faveur du parti

victorieux des avantages qui soient dans un rapport digne d’être fixé

avec les sacrifices épouvantables qu’elle aura coûtés?

Donc, si l’on considère avec quelle facilité, avec combien peu

d’objections en somme et malgré tout, les peuples continuent de la

mener, les soldats obéissent aux exigences toujours nouvelles qui leur

sont posées, si l’on considère le nombre infiniment petit d’esprits qui

mettent en question la légitimité, bien mieux le caractère naturel de

cet holocauste, si l’on se rappelle d’autre part combien la mentalité

européenne des derniers temps laissait peu prévoir une telle acceptation

et une telle facilité à prendre l’habitude de ce régime extraordinaire,

il me semble, pour peu qu’on tienne à observer le principe reconnu par

les physiciens eux-mêmes qu’il ne suffit pas de trouver une cause, mais

qu’il faut encore qu’elle soit quantitativement proportionnée au fait

dont elle prétend rendre compte, il me semble qu’on est obligé de voir

dans un décret de Dieu la cause de la guerre présente. Il n’y a qu’à lui

seul qu’on puisse attribuer la quantité d’efficace nécessaire pour

produire en si peu de temps une telle révolution dans les esprits des

hommes. Il me semble voir ici un de ces cas d’aveuglement total et subit

de tout un peuple, dûs à la simple volonté de Dieu, comme en rapporte

l’Écriture. Par quels misérables efforts la psychologie des foules

réussirait-elle à donner une explication qui ne fût pas entièrement

ridicule, de ce miracle? Pour ma part, en tous cas, je ne la puis

imaginer.

A la trace de Dieu · 第 135 / 151 题