Pensée qui m’était venue tout à l’heure et que je cherche à ressaisir;
mais je n’y arrive que partiellement. Cela me semblait tellement
victorieux!
Voici en tous cas le commencement:
Si l’on se représente les écarts extrêmes dont l’expérience nous apprend
que le bonheur humain est susceptible, peut-on sérieusement prétendre
qu’une guerre comme la guerre actuelle puisse amener en faveur du parti
victorieux des avantages qui soient dans un rapport digne d’être fixé
avec les sacrifices épouvantables qu’elle aura coûtés?
Donc, si l’on considère avec quelle facilité, avec combien peu
d’objections en somme et malgré tout, les peuples continuent de la
mener, les soldats obéissent aux exigences toujours nouvelles qui leur
sont posées, si l’on considère le nombre infiniment petit d’esprits qui
mettent en question la légitimité, bien mieux le caractère naturel de
cet holocauste, si l’on se rappelle d’autre part combien la mentalité
européenne des derniers temps laissait peu prévoir une telle acceptation
et une telle facilité à prendre l’habitude de ce régime extraordinaire,
il me semble, pour peu qu’on tienne à observer le principe reconnu par
les physiciens eux-mêmes qu’il ne suffit pas de trouver une cause, mais
qu’il faut encore qu’elle soit quantitativement proportionnée au fait
dont elle prétend rendre compte, il me semble qu’on est obligé de voir
dans un décret de Dieu la cause de la guerre présente. Il n’y a qu’à lui
seul qu’on puisse attribuer la quantité d’efficace nécessaire pour
produire en si peu de temps une telle révolution dans les esprits des
hommes. Il me semble voir ici un de ces cas d’aveuglement total et subit
de tout un peuple, dûs à la simple volonté de Dieu, comme en rapporte
l’Écriture. Par quels misérables efforts la psychologie des foules
réussirait-elle à donner une explication qui ne fût pas entièrement
ridicule, de ce miracle? Pour ma part, en tous cas, je ne la puis
imaginer.