12 avril 1916. (9e carnet, page 21).

Jour de Pâques! Inexprimable bien-être. Et vraiment surnaturel. Je n’en

avais pas encore connu de cette espèce: le repos, la foi, l’espérance

mélangés en un seul état délicieux. Je vous remercie, mon Dieu, parce

que vous m’avez écouté, parce que vous daignez habiter en moi. Car c’est

bien là votre présence. Je la reconnais sans l’avoir jamais sentie

encore. Si pleine, si douce, si suave. Oui, les livres ont raison qui

disent que votre venue en nous passe toute parole. Sont-ce les

commencements de la paix? Est-ce la récompense enfin du peu de patience

que j’ai pu montrer à travers ces déserts de sécheresse qu’il m’a fallu

traverser? Mon Dieu, comme tout est vrai à la lettre de ce qu’on dit de

vous, de ce que dit de vous l’_Imitation_. Comme il est vrai que votre

consolation efface en un instant des siècles de peine!

Mon Dieu il n’y a de vérité, il n’y a de joie qu’en vous. Ou plutôt il y

a d’autres joies. Mais il n’y a que celle que vous donnez qui soit

parfaite. Et c’est pour ça que je veux replonger toutes les autres dans

celle-là, et que je veux la donner à tous ceux que j’aime et que je ne

veux les aimer qu’en vous, afin qu’eux aussi soient submergés par votre

présence.

Mon Dieu, comment douter? Quel sens a le doute encore, quand des

miracles comme ceux dont vous me comblez aujourd’hui s’accomplissent en

nous. Hier stérile et désespéré, incapable de me saisir et de m’avoir

moi-même. Et pour ce petit bon mouvement d’être allé me confesser quand

même et de l’avoir fait aussi exactement que possible--comme vous

m’aidiez à mesure que je parlais!--voici des abîmes de tranquillité et

de joie, voici tout à coup à la place du désert les plus florissantes

eaux.

Ne me laissez plus, mon Dieu, ne me laissez plus être seul. Que je ne

sois plus sans vous. Restez près de votre enfant qui vous a tellement

désiré et cherché, qui a fait une si longue route vers vous. «Reste avec

moi, Seigneur, car le soir descend.» Comme il sera facile de mourir, si

vous voulez bien être avec moi ce jour-là comme aujourd’hui! Comme il

sera bon de mourir! Comme il sera bon d’aller vous retrouver! Comme on

est bête de s’inquiéter! Oui, je comprends ce que voulait dire D. ce

matin: «Ce n’est pas de mourir maintenant qui me semble si difficile,

c’est bien plutôt de vivre.»

* * * * *

Il n’y a que la joie que vous donnez qui soit parfaite. Parce qu’elle

est plus près du cœur que n’importe quelle autre, parce qu’elle le

baigne et l’entoure complètement. Tandis que dans les autres, il y a

toujours un côté qui reste exposé, dangereux, susceptible. En ce moment

vous êtes autour de moi, mon Dieu, comme d’une île, et rien ne peut

m’atteindre tant que vous y resterez. De là cette paix infinie.

Donnez-la à tous ceux que j’aime. Qu’ils ne meurent pas sans l’avoir

connue. Et s’ils sont morts, rendez-la leur pour l’éternité, afin qu’ils

bénissent votre nom.

A la trace de Dieu · 第 121 / 151 题