Jour de Pâques! Inexprimable bien-être. Et vraiment surnaturel. Je n’en
avais pas encore connu de cette espèce: le repos, la foi, l’espérance
mélangés en un seul état délicieux. Je vous remercie, mon Dieu, parce
que vous m’avez écouté, parce que vous daignez habiter en moi. Car c’est
bien là votre présence. Je la reconnais sans l’avoir jamais sentie
encore. Si pleine, si douce, si suave. Oui, les livres ont raison qui
disent que votre venue en nous passe toute parole. Sont-ce les
commencements de la paix? Est-ce la récompense enfin du peu de patience
que j’ai pu montrer à travers ces déserts de sécheresse qu’il m’a fallu
traverser? Mon Dieu, comme tout est vrai à la lettre de ce qu’on dit de
vous, de ce que dit de vous l’_Imitation_. Comme il est vrai que votre
consolation efface en un instant des siècles de peine!
Mon Dieu il n’y a de vérité, il n’y a de joie qu’en vous. Ou plutôt il y
a d’autres joies. Mais il n’y a que celle que vous donnez qui soit
parfaite. Et c’est pour ça que je veux replonger toutes les autres dans
celle-là, et que je veux la donner à tous ceux que j’aime et que je ne
veux les aimer qu’en vous, afin qu’eux aussi soient submergés par votre
présence.
Mon Dieu, comment douter? Quel sens a le doute encore, quand des
miracles comme ceux dont vous me comblez aujourd’hui s’accomplissent en
nous. Hier stérile et désespéré, incapable de me saisir et de m’avoir
moi-même. Et pour ce petit bon mouvement d’être allé me confesser quand
même et de l’avoir fait aussi exactement que possible--comme vous
m’aidiez à mesure que je parlais!--voici des abîmes de tranquillité et
de joie, voici tout à coup à la place du désert les plus florissantes
eaux.
Ne me laissez plus, mon Dieu, ne me laissez plus être seul. Que je ne
sois plus sans vous. Restez près de votre enfant qui vous a tellement
désiré et cherché, qui a fait une si longue route vers vous. «Reste avec
moi, Seigneur, car le soir descend.» Comme il sera facile de mourir, si
vous voulez bien être avec moi ce jour-là comme aujourd’hui! Comme il
sera bon de mourir! Comme il sera bon d’aller vous retrouver! Comme on
est bête de s’inquiéter! Oui, je comprends ce que voulait dire D. ce
matin: «Ce n’est pas de mourir maintenant qui me semble si difficile,
c’est bien plutôt de vivre.»
* * * * *
Il n’y a que la joie que vous donnez qui soit parfaite. Parce qu’elle
est plus près du cœur que n’importe quelle autre, parce qu’elle le
baigne et l’entoure complètement. Tandis que dans les autres, il y a
toujours un côté qui reste exposé, dangereux, susceptible. En ce moment
vous êtes autour de moi, mon Dieu, comme d’une île, et rien ne peut
m’atteindre tant que vous y resterez. De là cette paix infinie.
Donnez-la à tous ceux que j’aime. Qu’ils ne meurent pas sans l’avoir
connue. Et s’ils sont morts, rendez-la leur pour l’éternité, afin qu’ils
bénissent votre nom.