23 avril 1915. (6e carnet, page 37).

Il serait absurde, il serait grossier, il serait lâche de penser que

parce qu’un petit morceau de fer leur a traversé la tête, il est devenu

impossible de s’entendre avec des gens comme Péguy ou comme Henri[19].

Ils ne nous sont pas enlevés. Ce sont nos chères âmes. Nous avons

beaucoup à recevoir d’elles, et elles un peu de nous. Nous pouvons nous

faire du bien plus que jamais les uns les autres. Maman n’a jamais cessé

de m’en faire depuis qu’elle est morte.

[19] Henri Alain-Fournier.

C’est le moment où ils s’aperçoivent de ce qu’il y avait de vrai dans ce

que nous leur disions et qu’ils ne voulaient pas croire. C’est le moment

où nous comprenons amèrement tout ce qu’il y avait de bon dans ce que

nous avons laissé tomber de leurs paroles.

Mais il n’est pas trop tard. Nous pouvons encore travailler ensemble.

Ils peuvent encore nous aider, faire passer vers nous un peu de la

lumière qu’ils contemplent, comme nous, nous pouvons les aider--sans la

voir, par nos prières--à s’en approcher de plus près. Jamais je n’ai

senti plus fort sur moi l’action de Péguy et d’Henri que depuis que je

les ai perdus.

La communion des morts et des vivants. La communion des saints.

A la trace de Dieu · 第 95 / 151 题