27 mars 1915. (6e carnet, page 18).

Donc ce matin j’ai communié. Avant-hier cette confession à la baraque

26, devant tout le monde, avec ce cercle dans le dos de ceux qui

attendaient. On devait pouvoir m’entendre. En tous cas on entendait ce

que me disait le prêtre. Comme le temps était limité, il allait très

vite. Avant de passer, je me disais, calmant de petites révoltes qui me

prenaient: «Voilà la gueule de la machine, où il faut me jeter tout

vivant! Elle est là à deux pas. Il n’y a plus qu’un petit mouvement à

faire.»

Je l’ai fait. Je m’étais obligé à être aussi complet et précis que

possible en écrivant tout à l’avance sur un petit papier. Cela a été

sévère et maladroit comme il convenait. Je suis sorti rouge et le front

moite. J’ai bien senti passer sur moi la désapprobation dont j’avais

besoin et j’ai su tenir mon orgueil plié le temps qu’il fallait pour la

subir.

C’est ce matin que ça n’allait pas trop bien. Tête vague et distraite.

Je disais: «Mon Dieu, tenez baissé ce cœur insupportable. Faites-vous un

seuil en moi!» Et en effet, à force de peser dessus, j’ai obtenu que mon

cœur attende, qu’il se tienne tranquille un moment. Mais tout de suite

après, à la place de la plénitude et de la récompense que j’attendais,

oh! le petit mouvement sec, le sale petit rebondissement méchant et

rancunier. Comme cela était pauvre, dur et révolté, presque exactement

comme à Noël 1913!

J’ai besoin de vous, mon Dieu! Si je n’ai pas su vous sentir tout de

suite, faites que ce soit maintenant. Habitez-moi un peu. Adoucissez et

réconfortez moi! Récompensez l’espoir que je continue à nourrir dans ces

affreuses ténèbres, dans cette mort que je mène en place de vie! Faites

que tant de chagrin et de détresse ne soient pas perdus pour le bien de

mon âme! Surtout délivrez-moi! Que cette captivité finisse bientôt! Que

je sorte de cette misère!

Et considérez que j’ai fait ce que j’ai pu.

A la trace de Dieu · 第 93 / 151 题