Donc ce matin j’ai communié. Avant-hier cette confession à la baraque
26, devant tout le monde, avec ce cercle dans le dos de ceux qui
attendaient. On devait pouvoir m’entendre. En tous cas on entendait ce
que me disait le prêtre. Comme le temps était limité, il allait très
vite. Avant de passer, je me disais, calmant de petites révoltes qui me
prenaient: «Voilà la gueule de la machine, où il faut me jeter tout
vivant! Elle est là à deux pas. Il n’y a plus qu’un petit mouvement à
faire.»
Je l’ai fait. Je m’étais obligé à être aussi complet et précis que
possible en écrivant tout à l’avance sur un petit papier. Cela a été
sévère et maladroit comme il convenait. Je suis sorti rouge et le front
moite. J’ai bien senti passer sur moi la désapprobation dont j’avais
besoin et j’ai su tenir mon orgueil plié le temps qu’il fallait pour la
subir.
C’est ce matin que ça n’allait pas trop bien. Tête vague et distraite.
Je disais: «Mon Dieu, tenez baissé ce cœur insupportable. Faites-vous un
seuil en moi!» Et en effet, à force de peser dessus, j’ai obtenu que mon
cœur attende, qu’il se tienne tranquille un moment. Mais tout de suite
après, à la place de la plénitude et de la récompense que j’attendais,
oh! le petit mouvement sec, le sale petit rebondissement méchant et
rancunier. Comme cela était pauvre, dur et révolté, presque exactement
comme à Noël 1913!
J’ai besoin de vous, mon Dieu! Si je n’ai pas su vous sentir tout de
suite, faites que ce soit maintenant. Habitez-moi un peu. Adoucissez et
réconfortez moi! Récompensez l’espoir que je continue à nourrir dans ces
affreuses ténèbres, dans cette mort que je mène en place de vie! Faites
que tant de chagrin et de détresse ne soient pas perdus pour le bien de
mon âme! Surtout délivrez-moi! Que cette captivité finisse bientôt! Que
je sorte de cette misère!
Et considérez que j’ai fait ce que j’ai pu.