25 décembre 1914. (3e carnet, page 65).

Cette nuit, j’ai senti le besoin, pour fêter Noël comme il eût fallu,

d’avoir des textes saints à lire. Je désirais après eux, comme après du

pain. Je crois que cette faim dont me parlait un jour Claudel, commence

à se déclarer en moi. Ne l’ai-je pas sentie tout à l’heure en voyant les

autres communier? Regret de n’avoir pas su qu’on pouvait le faire. C’est

donc que c’est devenu autre chose qu’un devoir pour moi.

(Me rappeler ce paysage de neige, le prêtre sur son petit autel de

planches, sous les sapins, l’atmosphère mate et étouffée. Les Russes qui

passaient, portant du pain à pleins bras).

Ce désir de textes à lire montre bien que la religion est pour moi

d’abord un besoin de l’esprit.

* * * * *

La prière libre, improvisée à chaque fois, telle que la pratiquent les

protestants,--ce qu’elle a de faux, de gênant, de déplaisant, c’est

qu’elle est inutile: en effet, les prières fixes de l’Église catholique

ont formulé à jamais, une fois pour toutes, tous les besoins que peut

sentir le cœur humain, ont épuisé toutes les situations sentimentales où

l’homme peut se trouver. On ne peut improviser _qu’à côté_.

A la trace de Dieu · 第 71 / 151 题