Hier soir, en récitant le _Salve Regina_, encore une de ces découvertes
délicieuses comme on en fait de temps en temps dans les prières; une de
ces phrases faites pour moi, que j’avais prononcées jusqu’ici sans en
sentir le goût, dont tout à coup le délice s’est délié dans ma bouche:
«Et Jesum, benedictum fructum ventris tui, nobis post hoc exsilium
ostende!» Promesse qui m’est faite dans l’exil, volupté qui m’est tendue
doucement au fond de cet abîme où je suis. Tout un réseau, tout un nid
de bonheur encore, posé dans mon avenir,--que je n’ai plus qu’à
attendre, qu’à atteindre. Jésus, comblez-moi de vous, quand je serai
sorti d’ici. Que je ne vous oublie pas! Que je ne sois plus jamais sans
vous! Que votre tendresse fonde mon cœur! Donnez-moi cette dissolution,
au lieu des autres!
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Comme il est mystérieux que les prières soient ainsi préparées à
l’unique, qu’elles gardent dans leurs plis des mots qui se trouveront
tout à coup, pour celui-ci ou celui-là, d’une propriété, d’une
pertinence ineffables. Cela parle comme vous-même, avec votre tour et
votre intonation! Étranges réserves, prodigieux secours ménagés par Dieu
avec cette adresse providentielle qui fait servir le général au
particulier, qui met l’universel au service de chacun. Toute mon âme
tout à coup résumée dans quelques humbles paroles, usées, limées, polies
par des millions de lèvres, plus neuves pourtant, plus prochaines, plus
personnelles que toutes celles que j’eusse su inventer. Toujours le
miracle _par le plus simple_.