19 décembre 1914. (3e carnet, page 38).

Hier soir, en récitant le _Salve Regina_, encore une de ces découvertes

délicieuses comme on en fait de temps en temps dans les prières; une de

ces phrases faites pour moi, que j’avais prononcées jusqu’ici sans en

sentir le goût, dont tout à coup le délice s’est délié dans ma bouche:

«Et Jesum, benedictum fructum ventris tui, nobis post hoc exsilium

ostende!» Promesse qui m’est faite dans l’exil, volupté qui m’est tendue

doucement au fond de cet abîme où je suis. Tout un réseau, tout un nid

de bonheur encore, posé dans mon avenir,--que je n’ai plus qu’à

attendre, qu’à atteindre. Jésus, comblez-moi de vous, quand je serai

sorti d’ici. Que je ne vous oublie pas! Que je ne sois plus jamais sans

vous! Que votre tendresse fonde mon cœur! Donnez-moi cette dissolution,

au lieu des autres!

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Comme il est mystérieux que les prières soient ainsi préparées à

l’unique, qu’elles gardent dans leurs plis des mots qui se trouveront

tout à coup, pour celui-ci ou celui-là, d’une propriété, d’une

pertinence ineffables. Cela parle comme vous-même, avec votre tour et

votre intonation! Étranges réserves, prodigieux secours ménagés par Dieu

avec cette adresse providentielle qui fait servir le général au

particulier, qui met l’universel au service de chacun. Toute mon âme

tout à coup résumée dans quelques humbles paroles, usées, limées, polies

par des millions de lèvres, plus neuves pourtant, plus prochaines, plus

personnelles que toutes celles que j’eusse su inventer. Toujours le

miracle _par le plus simple_.

A la trace de Dieu · 第 68 / 151 题