La décadence, la désorganisation de la famille porte vite
ses fruits et la jeune génération trouve le moyen de surpasser ses
créateurs et ses maîtres.
L'éducation qu'on lui donne a pour but de fortifier en elle les vues,
les aspirations, les idées des a soutiens de la société», et, par là,
de perpétuer les mensonges conventionnels. Au foyer domestique ou à
l'école, la méthode est toujours la même. «On fait autant de mensonges
à l'école qu'à la maison; partout on ne fait que mentir aux enfants.»[1]
Sachant que l'enfant n'est pas sensible aux calculs d'intérêt et de
parti, que la pureté de sa jeune âme ne lui permet pas encore de se
méfier des maîtres trop complaisants, ces derniers se pressent de
remplir son cerveau, sa mémoire de fausses notions et d'idées absurdes.
Transmettre aux enfants leurs maladies physiques et morales ne suffit
pas aux parents, ils leur enseignent, dès leur enfance, que le Dieu
invisible a tout prévu ici-bas,--la nécessité de la propriété et de
la misère, du luxe et de la faim, de l'oisiveté des uns et du travail
démesuré des autres. On leur enseigne que tout dans la société est
parfait et qu'ils n'ont qu'à continuer l'oeuvre de leurs ancêtres. On
détruit en eux tout: la promptitude et la franchise de l'esprit, la
puissance de la volonté individuelle, l'intelligence et la conscience
virginales.
L'éducation a pour but de tuer dans l'enfant tout germe d'initiative
personnelle: on ne lui apprend ni à penser, ni à vouloir, ni à vivre par
lui-même. On travaille sur l'enfant, sur l'élève, comme sur une chose,
ou comme sur un animal dont on veut dompter les énergies. Et cet état de
chose n'est pas particulier à tel ou tel pays, il est général, il est
universel.
«Demandez à cent jeunes français, sortant du collège, à quelles
carrières ils se destinent; les trois quarts vous répondront qu'ils sont
candidats aux fonctions du gouvernement. La plupart ont pour ambition
d'entrer dans l'armée, la magistrature, les ministères,
l'administration, les finances, les consulats, les ponts et chaussées,
les mines, les tabacs, les eaux et forêts, l'université, les
bibliothèques et archives, etc., etc. Les professions indépendantes ne
se recrutent, en général, que parmi les jeunes gens qui n'ont pas réussi
à entrer dans une de ces carrières.»[2]
Dès l'enfance on a tué dans l'homme toute initiative, toute volonté,
tout respect pour sa personnalité, pour son individualité. «Les moeurs
n'ont guère permis jusqu'à maintenant qu'on respectât l'individualité
de l'enfant comme celle d'un égal futur, et peut-être d'un supérieur en
développement intellectuel et moral. Rares sont les parents qui voient
dans leur fils un être dont les idées et la volonté sont destinées à
grandir d'une manière originale, et rare l'instituteur qui ne cherche à
dicter aux élèves ses opinions, sa morale particulière, et n'essaie de
faciliter sa besogne en imposant l'obéissance.»[3]
Et lorsque plus tard la vie leur dévoile la vraie lumière, leurs âmes
sont déjà trop imprégnées d'impressions, d'idées fausses. Ce ne sont pas
des hommes, ce sont des machines faites pour être dirigées par un
mécanisme extérieur et artificiel. Il faut être fort, il faut porter en
soi des germes d'une individualité puissante, pour pouvoir se
débarrasser de toutes les erreurs, de tous les mensonges, de toutes les
souillures morales qu'on a si soigneusement entretenus en nous pendant
nos jeunes années. La majorité constitue cette légion de dégénérés dont
Ibsen nous présente quelques types caractéristiques.
Le Dr Raak dans la _Maison de poupée_, Ulrik Brendel dans
_Rosmersholm_, Laevborg dans _Hedda Gabler,_ Oswald dans les
_Revenants_, la bohémienne Gerd dans _Brand_, tous ces êtres
ne se dominent guère, maladies héréditaires, folie, ivresse, il y a quelque
chose qui les obsède, des souvenirs qui les hantent, des _revenants_
dont ils ne peuvent pas se défaire. «Nous sommes tous des revenants. Ce
n'est pas seulement le sang de nos père et mère qui coule en nous, c'est
encore une espèce d'idée détruite, une sorte de croyance morte, et tout
ce qui en résulte. Cela ne vit pas, mais ce n'en est pas moins là, au
fond de nous-mêmes et jamais nous ne parvenons à nous en délivrer. Et
puis, tous, tant que nous sommes, nous avons une si misérable peur de la
lumière!»[4]
«Je vous connais à fond, dit Brand, âmes lâches, esprits inertes! Il
vous manque ce battement d'ailes de la volonté, ce frémissement anxieux
qui élève les cantiques jusqu'au ciel.» L'esprit morne, le pas traînant,
ils s'avancent lourds et fatigués. A leur air sombre, on dirait qu'ils
sentent un fouet derrière eux. Leurs fronts portent le voile du vice.
Leurs regards plongent dans les ténèbres. C'est l'image du péché, ce
n'est plus l'image de Dieu. Qui donc leur criera: «Je sens courir dans
mes veines le fleuve brillant de la jeunesse. Vigoureux rejeton, je suis
né de l'amour de deux êtres beaux, jeunes, ardents, tandis que toi,
fragile créature sans énergie, sans vie, tu es né de l'union morne et
glacée de deux êtres liés par un contrat qui ne peut exciter en eux la
flamme des sens!»[5]
Ils sont tous malades, physiquement et moralement. «Mon épine dorsale,
la pauvre innocente, se plaint le docteur Raak[6], doit souffrir à cause
de la joyeuse vie qu'a menée mon père quand il était lieutenant.»
Oswald[7], peintre, n'a jamais mené une vie orageuse sous aucun rapport
et pourtant «il se sent brisé d'esprit», il ne peut plus travailler, il
est comme «un mort-vivant». Il a de très violentes douleurs à la tête,
spécialement à l'occiput, comme s'il avait le crâne dans un cercle de
fer, de la nuque au sommet. Toute sa force est paralysée, il ne peut pas
se concentrer et arriver à des images fixes. Sa maladie s'explique: son
père fut alcoolique tout en étant chambellan.
Tous ces êtres sont las, fatigués de vivre, à peine entrés dans la vie.
Leur moral est égal à leur physique. «Les désirs, sentiments, passions,
qui donnent au caractère son ton fondamental, ont leurs racines dans
l'organisme, sont prédéterminés par lui.»[8] Quel abaissement des
caractères et de la volonté!
Jamais le sens moral n'eut une voix moins puissante, jamais la
conscience ne parla moins dans le monde. La soif des jouissances
matérielles paraît avoir étouffé tout sentiment supérieur. La loi du
plaisir exclusif engendre fatalement tous les égoïsmes et tarit dans
leur source tous les sentiments élevés de l'âme. La dégénérescence des
moeurs ne consiste pas seulement dans l'accomplissement des actes
immoraux, elle existe aussi dans la _pensée_ corrompue, dans
l'imagination malade. On ne croit qu'à la force brutale, à l'argent, aux
impulsions extérieures; on ne croit plus à la conscience, à la volonté,
à l'amitié.
Borckman[9] regrette amèrement de s'être confié à un ami qui l'a trahi.
Cette trahison le fait maudire L'amitié: «Savoir tromper, c'est en cela
que consiste l'amitié», dit-il.[10]
Et comment en serait-il autrement? _Hoc sentio, nisi in bonis amicitiam
esse non posse_. L'amitié réelle ne peut exister que dans le bien. Et le
bien leur est étranger! Les larges horizons se rétrécissent, on ne sait
plus aimer, on ne connaît même plus les haines vigoureuses, le
_caractère_ s'efface, le _caractère_ disparaît. «Un caractère bien fade
est celui de n'en avoir aucun.»[11] On n'a plus le respect de soi-même,
il n'y a pas de sentiments généreux, ni dévouement, ni désintéressement.
Cabotins, arrivistes, ils sont envieux, fats, vaniteux, sans principes,
sans bases. L'un de ces «jeunes», l'avocat Stensgard[12], est le type
admirable de l'arriviste moderne. Il fonde l'_Union des jeunes_ pour
combattre le vieux parti politique et particulièrement le vieux
chambellan, mais il suffit d'une simple invitation à dîner de la part de
celui-ci pour qu'il oublie tous ses discours enflammés, toutes ses
promesses, même son désir d'épouser Mlle Monsen, car il
s'aperçoit que la fille du chambellan même est beaucoup plus riche et
que c'est un parti plus avantageux.
Et lorsqu'il apprend qu'elle est ruinée et que Mlle Monsen ne
veut plus de lui, il se décide à épouser--également trop tard--une
riche aubergiste, à laquelle, étant très prévoyant, il faisait aussi une
cour assidue.
On fonde des Unions, des Cercles, des Ecoles, des Ligues, pour mieux
masquer, dans l'anonymat, le vide de ceux qui s'y réfugient. Que de
nullités peuvent abriter des noms pompeux comme _Union des jeunes_!
Toute leur morale, c'est celle du succès. _Honesta quaedam scelera
successus facit_.[13]
Et dès qu'un esprit indépendant s'éloigne de ces _Unions_ pour ne suivre
qu'un chemin droit et librement choisi, les médisances, les calomnies,
les perfidies, les hostilités basses, les intrigues le poursuivent de
toutes parts.
Seuls, les forts continuent le combat, n'écoutent que la voix de leur
conscience, sans se laisser décourager, et ne prêtent qu'un sourire de
pitié aux parasites, qui en médisent. Les autres, les faibles, perdent
leur foi en eux-mêmes et tombent empoisonnés.
La véritable valeur morale n'a besoin ni d'insignes, ni d'écoles, ni de
ligues pour se révéler, elle se trahit, même quand on la cache, comme la
misère morale se trahit même quand on la dissimule. Pratiques jusqu'à
l'excès, les «jeunes» d'aujourd'hui ne font que prostituer chaque jour
les forces de leurs pensées et de leurs affections. Le champ de leurs
exploits est la vie dite mondaine dont la haute science consiste pour
eux dans l'art de laisser deviner avec élégance les mérites qu'ils n'ont
pas. Et ils plaisent....
On plaît souvent plus par ses défauts que par ses qualités. Toute leur
phraséologie, tous leurs beaux discours ne servent qu'à eux-mêmes, à
leur carrière. Ce qu'ils cherchent, c'est à jeter de la poudre aux yeux,
c'est à faire quelque chose. Peu importe ce qu'on fait--jouer aux
courses ou fonder des _Unions_--l'essentiel est de faire. «Du haut en
bas, si l'on nous prend tous en bloc, on peut nous appeler une race de
faiseurs,» dit le maître d'école dans _Brand_.
La seule, la vraie Union de tous ces êtres atteints d'anémie morale, le
seul point sur lequel ils sont tous d'accord, c'est _l'argent_, cause de
lâchetés, de suicides, de la démoralisation, de toutes les horreurs.
«L'argent est un maître abominable, il ne doit être que le
serviteur.»[14]
Ce maître abominable règne aujourd'hui en toute liberté, et sa
domination est un des caractères saillants de notre société. Le nom de
ce métal a pris dans la vie sociale une signification qui fait de lui le
maître de la vie. L'argent a supprimé le travail individuel, il
pervertit celui dont le coeur était pur, le rend égoïste, incapable de
nobles élans d'âmes, il divise la famille, il pousse le jeune homme à
épouser non pas celle qu'il aime mais celle qui est riche, il pousse la
mère à sacrifier le bonheur de sa fille en la donnant au plus riche
épouseur. Aucune branche de la société n'échappe à l'adoration
universelle de la Bête d'Or: «Jeunes mariés dont les rêves d'amour sont
des rêves dorés et qui avouent sans vergogne qu'ils aiment non pas telle
ou telle personne, mais telle ou telle dot, comme si la famille n'avait
d'autre but que d'unir et de procréer des sacs d'écus; époux, dont la
crainte de diminuer leur bien-être arrête les élans de la passion;
financiers qui, froidement, par leurs coups de bourse, prennent
l'épargne de pauvres gens, les condamnent à la misère, préparent leurs
suicides, mais dont on exalte le bon coeur parce qu'ils donnent quelques
francs dans une souscription publique, bourgeois qui vivent chichement,
se refusant tout plaisir, afin d'entasser quelques pièces d'or de plus;
rentiers dont l'existence se passe à toucher les intérêts, à les mettre
de côté, à en toucher de nouveaux, à supputer les chances de hausse ou
de baisse et dont la pensée rabougrie ne s'élève pas au-dessus de cet
étroit horizon; écrivains qui, sous couleur d'art, débitent des romans
pornographiques, afin de réaliser de plus gros bénéfices; magistrats
condamnant sans pitié de pauvres malheureux qui ont «tondu un pré de la
largeur de leur langue», mais pleins d'indulgence pour les agioteurs
ayant dérobé des millions et dont l'appui leur paraît promettre des
jours fortunés; politiciens dont l'hostilité se laisse attendrir à
propos, quand il s'agit de questions dans lesquelles se trouvent
intéressées de puissantes sociétés financières; catholiques,
protestants, juifs, tous, se roulant aux pieds du Veau d'or, attendent
de lui un sourire.»[15] Il faut leur crier leurs vérités en face, à tous
ces inutiles, à l'intelligence vide, au coeur sec, infatués d'eux-mêmes,
orgueilleux sans grandeur, égoïstes sans esprit, traînant à la remorque
de leurs passions une existence factice et déprimante, sans but, sans
volonté, sans idéal, sans foi!
Le luxe immédiat est le souverain bien, l'argent est la seule idole de
ces humains dits civilisés. Les parlements, les chancelleries, les
rédactions, sont des succursales de la Bourse. L'argent mène la
religion, l'argent mène la politique, l'argent mène la presse, l'argent
mène la famille, l'argent mène tout et tous. Toute leur volonté étant
dirigée vers l'argent, il ne leur en reste rien pour la vie. Ils n'ont
même pas la volonté d'être heureux. «Êtres incomplets, ils n'ont que le
désir, sans avoir la pensée; ils imaginent, mais ils ne savent point
vouloir.»[16]
Dans _la Comédie de l'amour_, le poète Falk et Svanhild se déclarent
leur amour.
FALK.--Dans ma barque naviguant vers l'avenir, il y a place pour deux.
Si vous avez du courage, marchons côte à côte dans le combat. Côte à
côte nous marcherons et notre existence sera un long cantique
d'adoration et d'actions de grâce.
SVANHILD.--La lutte est facile quand on est deux à combattre et que l'un
des combattants est un homme vaillant.
FALK.--Et que l'autre est une femme généreuse; il est impossible que
deux êtres semblables succombent.
SVANHILD.--Prends-moi donc tout entière. Les fleurs s'épanouissent, mon
printemps est venu. Et maintenant, luttons contre la misère et la
douleur!
Croyez-vous que Falk et Svanhild tenteront le bonheur? Point. Un
négociant leur fait comprendre que si
«L'honneur sans argent n'est qu'une maladie.»[17]
l'amour sans écus est une folie. L'amour disparaît, la position demeure.
Et les jeunes gens se séparent. Svanhild épouse le riche négociant qui
lui a découvert le sens de la vie; quant à Falk, il se met, je crois, à
étudier la théologie. Ils prennent pour prétexte de leur séparation le
désir de rester en plein rêve et de ne pas voir _sombrer_ sous les coups
de la réalité les splendeurs de leur songe, mais le fait est qu'ils
brisent leur bonheur, ils le brisent eux-mêmes de leurs propres mains.
Et la cause? Leur volonté est abolie. Ils n'ont pas de volonté d'agir,
de tenter le bonheur.
Gina, la femme de Hialmar, est l'ancienne maîtresse de Werlé, riche
industrie[18]. Hialmar, confiant, ignore qu'il y a de la boue à
l'origine de son mariage, et que son foyer repose sur un mensonge. Le
fils de Werlé, Grégoire, ancien ami de Hialmar, atteint d'une maladie
qu'un des personnages de la pièce désigne sous le nom de «fièvre de
justice aiguë», se décide à apprendre au mari le passé de sa femme.
«Hialmar, connaissant la faute de Gina, pourra la lui pardonner; il n'y
aura plus de mensonge entre eux, ils seront parfaitement heureux, et
leur bonheur, fondé sur la vérité, sera solide autant qu'ineffable.»
Après l'explication entre les époux, Grégoire entre, leur tendant les
mains:
GRÉGOIRE.--Eh bien, mes chers amis, est-ce fait?
HIALMAR.--C'est fait. J'ai vécu l'heure la plus amère de ma vie,
GRÉGOIRE.--Mais aussi la plus pure, n'est-ce pas?
HIALMAR.--Enfin, pour le moment c'est fini.
GINA.--Que Dieu vous pardonne, monsieur Werlé!
GRÉGOIRE (avec un profond étonnement).--Je n'y comprends rien.
HIALMAR.--Qu'est-ce que tu ne comprends pas?
GRÉGOIRE.--Cette grande liquidation qui devait servir de point de départ
à une existence nouvelle, à une vie, à une communauté basée sur la
vérité délivrée de tout mensonge?
HIALMAR.--Je sais, je sais très bien.
GRÉGOIRE.--J'étais si intimement persuadé qu'à mon entrée je serais
frappé par une lumière de transfiguration illuminant l'époux et
l'épouse. Et voici que devant moi tout est morne, sombre, triste.
Ils n'ont même pas le courage de leur rénovation! La moindre lutte
morale brise ces malades. «L'état physique de l'individu doit être en
rapport avec ce qu'il aura à supporter, sans cela une émotion contraire
serait un obstacle fatal.»[19] Tout leur tapage étourdissant n'est fait
que pour cacher la faiblesse de leurs convictions, de leur foi. «Le
doute et le trouble sont dans toutes les âmes; la défiance est dans tous
les esprits.»[20] Le doute pénètre partout, il porte le découragement;
jusqu'au fond de l'être, là où se puisent les grands élans, là où
l'homme entend la voix mystérieuse et puissante qui le sollicite à être
lui-même. Il vaut mieux que l'âme humaine se berce de rêves; chimériques
en s'avançant toujours que de végéter dans l'inaction et le doute. Si le
doute amène les âmes fortes vers la lumière, il anéantit complètement
les faibles, les dégénérés, les infirmes moraux, les déformés par la
société. La folie du doute perpétuel n'est que l'exagération de cette
perplexité continuelle qui amène les hommes à ne plus oser rien faire,
rien désirer, rien vouloir, rien tenter. Pascal a dit quelque part que
«le dessein de Dieu sur nous est plus de perfectionner la volonté que
l'esprit». Vérité, hélas, trop oubliée de nos jours. Les meilleurs
esprits n'osent pas seulement agir, ils n'osent rien affirmer, rien
nier, rien vouloir avec énergie.
Le doute porte sur tout. Même ceux qui aspirent vers quelque chose de
supérieur, vers la liberté, vers la lumière «qui pensent et croient ne
veulent pas s'en rendre compte, ne veulent pas s'y arrêter».[21] Dans un
moment de crise, ils crient comme Oswald[22]: «Le soleil!... Le
soleil!...» et ils ne font rien pour dissiper les ténèbres où ils
végètent!
«Vous voulez bien croire un peu, mais sans y regarder de trop près, et
faire peser tout le fardeau sur celui qui, vous a-t-on dit, s'est chargé
de l'expiation. Puisqu'il s'est laissé couronner d'épines pour vous, il
ne vous reste plus qu'à danser. Mais il s'agit de savoir où cette danse
vous mène.»[23] Ce ne sont pas eux qui régénéreront l'humanité. «Les
dégénérés ne changent pas l'histoire; ils la subissent.»[24] L'avenir
n'est pas à eux. L'avenir est à ceux qui sont désabusés.