Par ses superbes conquêtes la science a dévoilé les sacrifices, les
prières, les puissances occultes, les mystères par lesquels les Eglises
exploitaient les hommes. Lasse d'être trompée sans cesse, la pauvre
humanité commence à ouvrir les yeux et à se rendre compte des crimes des
Eglises dont elle était victime. L'homme, éclairé par la lumière des
sciences, s'aperçoit que les erreurs des Eglises étaient voulues,
conscientes, engendrées parles mensonges des uns, par les intérêts
lucratifs des autres. L'homme, aigri par les injustices, qui souffre
d'inégalité sociale; les âmes tourmentées qui cherchent à apaiser, à la
source qu'on appelle divine, leur soif de justice, d'idéal, d'infini,
trouvent la désillusion auprès des représentants de ce Dieu invisible au
nom duquel ils commettent tant d'horreur.
«Dix mille poissons partagés au nom d'une idole ne sauveraient pas une
seule âme en détresse<.»[17]
C'est au nom de ce Dieu, qu'on ne vient jamais en aide à un peuple frère
dont la liberté et même la vie sont menacées. C'est au nom de ce Dieu
que l'on s'arme à outrance pour détruire les peuples amis de la paix.
C'est au nom de ce Dieu que l'on déchaîne des haines populaires contre
ceux qui ne professent pas certaines idées religieuses. C'est au nom de
ce Dieu qu'on laisse mourir de faim et de froid des milliers d'êtres
humains tandis que les églises et les temples restent vides et que leurs
coffres-forts regorgent d'or!
Les plus crédules commencent à comprendre que ce Dieu agonise et que ses
représentants sont les plus terribles exploiteurs des âmes simples. Où
donc est-il le Dieu infini, universel, vers lequel aspire l'humanité
souffrante?
Héritiers de toutes les haines et de toutes les erreurs, les prêtres
montent avec une incroyable audace à l'assaut de la société moderne,
mais c'est en vain qu'ils cherchent partout dans le socialisme, dit
chrétien, un _modus vivendi_ pour reprendre leur omnipotence au sein des
masses. Leurs hypocrisies sont déjà trop connues. Toutes les religions
sont cruelles, toutes sont fondées sur le sang; car toutes reposent
principalement sur l'idée du sacrifice, c'est-à-dire sur l'immolation
perpétuelle de l'humanité à l'insatiable vengeance de la divinité. «Dans
ce sanglant mystère, l'homme est toujours la victime, et le prêtre,
homme aussi, mais homme privilégié, est le divin bourreau. Cela nous
explique pourquoi les prêtres de toutes les religions, les meilleurs,
les plus humains, les plus doux, ont presque toujours quelque chose de
cruel.»[18]
Le clergé du théâtre d'Ibsen a le visage dur, un vent de sécheresse
passe sur lui.... «Pour avoir la foi, il faut avoir une âme»[19], et ces
marchands de grâces divines n'en ont point. Leur _credo_, c'est le
mensonge....