II

Par ses superbes conquêtes la science a dévoilé les sacrifices, les

prières, les puissances occultes, les mystères par lesquels les Eglises

exploitaient les hommes. Lasse d'être trompée sans cesse, la pauvre

humanité commence à ouvrir les yeux et à se rendre compte des crimes des

Eglises dont elle était victime. L'homme, éclairé par la lumière des

sciences, s'aperçoit que les erreurs des Eglises étaient voulues,

conscientes, engendrées parles mensonges des uns, par les intérêts

lucratifs des autres. L'homme, aigri par les injustices, qui souffre

d'inégalité sociale; les âmes tourmentées qui cherchent à apaiser, à la

source qu'on appelle divine, leur soif de justice, d'idéal, d'infini,

trouvent la désillusion auprès des représentants de ce Dieu invisible au

nom duquel ils commettent tant d'horreur.

«Dix mille poissons partagés au nom d'une idole ne sauveraient pas une

seule âme en détresse<.»[17]

C'est au nom de ce Dieu, qu'on ne vient jamais en aide à un peuple frère

dont la liberté et même la vie sont menacées. C'est au nom de ce Dieu

que l'on s'arme à outrance pour détruire les peuples amis de la paix.

C'est au nom de ce Dieu que l'on déchaîne des haines populaires contre

ceux qui ne professent pas certaines idées religieuses. C'est au nom de

ce Dieu qu'on laisse mourir de faim et de froid des milliers d'êtres

humains tandis que les églises et les temples restent vides et que leurs

coffres-forts regorgent d'or!

Les plus crédules commencent à comprendre que ce Dieu agonise et que ses

représentants sont les plus terribles exploiteurs des âmes simples. Où

donc est-il le Dieu infini, universel, vers lequel aspire l'humanité

souffrante?

Héritiers de toutes les haines et de toutes les erreurs, les prêtres

montent avec une incroyable audace à l'assaut de la société moderne,

mais c'est en vain qu'ils cherchent partout dans le socialisme, dit

chrétien, un _modus vivendi_ pour reprendre leur omnipotence au sein des

masses. Leurs hypocrisies sont déjà trop connues. Toutes les religions

sont cruelles, toutes sont fondées sur le sang; car toutes reposent

principalement sur l'idée du sacrifice, c'est-à-dire sur l'immolation

perpétuelle de l'humanité à l'insatiable vengeance de la divinité. «Dans

ce sanglant mystère, l'homme est toujours la victime, et le prêtre,

homme aussi, mais homme privilégié, est le divin bourreau. Cela nous

explique pourquoi les prêtres de toutes les religions, les meilleurs,

les plus humains, les plus doux, ont presque toujours quelque chose de

cruel.»[18]

Le clergé du théâtre d'Ibsen a le visage dur, un vent de sécheresse

passe sur lui.... «Pour avoir la foi, il faut avoir une âme»[19], et ces

marchands de grâces divines n'en ont point. Leur _credo_, c'est le

mensonge....

La philosophie sociale dans le theatre d'Ibsen · 第 34 / 96 题