LXXIX.

Joseph Haydn, habitué désormais à se laisser emporter par les subites

résolutions de son amie, mais doué d'un caractère plus prévoyant et plus

calme, la rejoignit après avoir été reprendre le sac de voyage, la musique

et le violon surtout, le gagne-pain, le consolateur et le joyeux compagnon

du voyage. Corilla fut déposée sur un de ces mauvais lits des auberges

allemandes, où il faut choisir, tant ils sont exigus, de faire dépasser

la tête ou les pieds. Par malheur, il n'y avait pas de femme dans cette

bicoque; la maîtresse était allée en pèlerinage à six lieues de là, et la

servante avait été conduire la vache au pâturage. Un vieillard et un enfant

gardaient la maison; et, plus effrayés que satisfaits d'héberger une si

riche voyageuse, ils laissaient mettre leurs pénates au pillage, sans

songer au dédommagement qu'ils pourraient en retirer. Le vieux était sourd,

et l'enfant se mit en campagne pour aller chercher la sage-femme du village

voisin, qui n'était pas à moins d'une lieue de distance. Les postillons

s'inquiétaient beaucoup plus de leurs chevaux, qui n'avaient rien à manger,

que de leur voyageuse; et celle-ci, abandonnée aux soins de sa femme de

chambre, qui avait perdu la tête et criait presque aussi haut qu'elle,

remplissait l'air de ses gémissements, qui ressemblaient à ceux d'une

lionne plus qu'à ceux d'une femme.

Consuelo, saisie d'effroi et de pitié, résolut de ne pas abandonner cette

malheureuse créature.

«Joseph, dit-elle à son camarade, retourne au prieuré, quand même tu

devrais y être mal reçu; il ne faut pas être orgueilleux quand on demande

pour les autres. Dis au chanoine qu'il faut envoyer ici du linge, du

bouillon, du vin vieux, des matelas, des couvertures, enfin tout ce qui

est nécessaire à une personne malade. Parle-lui avec douceur, avec force,

et promets-lui, s'il le faut, que nous irons lui faire de la musique,

pourvu qu'il envoie des secours à cette femme.»

Joseph partit, et la pauvre Consuelo assista à cette scène repoussante

d'une femme sans foi et sans entrailles, subissant, avec des imprécations

et des blasphèmes, l'auguste martyre de la maternité. La chaste et pieuse

enfant frissonnait à la vue de ces tortures que rien ne pouvait adoucir,

puisqu'au lieu d'une sainte joie et d'une religieuse espérance, le

déplaisir et la colère remplissaient le coeur de Corilla. Elle ne cessait

de maudire sa destinée, son voyage, le chanoine et sa gouvernante, et

jusqu'à l'enfant qu'elle allait mettre au monde. Elle brutalisait sa

suivante, et achevait de la rendre incapable de tout service intelligent.

Enfin elle s'emporta contre cette pauvre fille, au point de lui dire:

«Va, je te soignerai de même, quand tu passeras par la même épreuve; car

toi aussi tu es grosse, je le sais fort bien, et je t'enverrai accoucher à

l'hôpital. Ote-toi de devant mes yeux: tu me gênes et tu m'irrites.»

La Sofia, furieuse et désolée, s'en alla pleurer dehors; et Consuelo,

restée seule avec la maîtresse d'Anzoleto et de Zustiniani, essaya de la

calmer et de la secourir. Au milieu de ses tourments et de ses fureurs,

la Corilla conservait une sorte de courage brutal et de force sauvage qui

dévoilaient toute l'impiété de sa nature fougueuse et robuste. Lorsqu'elle

éprouvait un instant de répit, elle redevenait stoïque et même enjouée.

«Parbleu! dit-elle tout d'un coup à Consuelo, qu'elle ne reconnaissait

pas du tout, ne l'ayant jamais vue que de loin ou sur la scène dans des

costumes bien différents de celui qu'elle portait en cet instant, voilà

une belle aventure, et bien des gens ne voudront pas me croire quand je

leur dirai que je suis accouchée dans un cabaret avec un médecin de ton

espèce; car tu m'as l'air d'un petit zingaro, toi, avec ta mine brune et

ton grand œil noir. Qui es-tu? d'où sors-tu? comment te trouves-tu ici,

et pourquoi me sers-tu? Ah! tiens, ne me le dis pas, je ne pourrais pas

t'entendre, je souffre trop. Ah! _misera, me!_ Pourvu que je ne meure

pas! Oh non! je ne mourrai pas! je ne veux pas mourir! Zingaro, tu ne

m'abandonnes pas? reste là, reste là, ne me laisse pas mourir, entends-tu

bien?»

Et les cris recommençaient, entrecoupés de nouveaux blasphèmes.

«Maudit enfant! disait-elle, je voudrais t'arracher de mon flanc, et te

jeter loin de moi!

--Oh! ne dites pas cela! s'écria Consuelo glacée d'épouvante; vous

allez être mère, vous allez être heureuse de voir votre enfant, vous ne

regretterez pas d'avoir souffert!

--Moi? dit la Corilla avec un sang-froid cynique, tu crois que j'aimerai

cet enfant-là! Ah! que tu te trompes! Le beau plaisir que d'être mère,

comme si je ne savais pas ce qui en est! Souffrir pour accoucher,

travailler pour nourrir ces malheureux que leurs pères renient, les

voir souffrir eux-mêmes, ne savoir qu'en faire, souffrir pour les

abandonner... car, après tout, on les aime... mais je n'aimerai pas

celui-là. Oh! je jure Dieu que je ne l'aimerai pas! que je le haïrai comme

je hais son père!...»

Et Corilla, dont l'air froid et amer cachait un délire croissant, s'écria

dans un de ces mouvements exaspérés qu'une souffrance atroce inspire aux

femmes:

«Ah! maudit! trois fois maudit soit le père de cet enfant-là!»

Des cris inarticulés la suffoquèrent, elle mit en pièces le fichu qui

cachait son robuste sein pantelant de douleur et de rage; et, saisissant

le bras de Consuelo sur lequel elle imprima ses ongles crispés par la

torture, elle s'écria en rugissant:

«Maudit! maudit! maudit soit le vil, l'infâme Anzoleto!»

La Sofia rentra en cet instant, et un quart d'heure après, ayant réussi à

délivrer sa maîtresse, elle jeta sur les genoux de Consuelo le premier

oripeau qu'elle arracha au hasard d'une malle ouverte à la hâte. C'était

un manteau de théâtre, en salin fané, bordé de franges de clinquant.

Ce fut dans ce lange improvisé que la noble et pure fiancée d'Albert reçut

et enveloppa l'enfant d'Anzoleto et de Corilla.

«Allons, Madame, consolez-vous, dit la pauvre soubrette avec un accent de

bonté simple et sincère: vous êtes heureusement accouchée, et vous avez

une belle petite fille.

--Fille ou garçon, je ne souffre plus, répondit la Corilla en se relevant

sur son coude, sans regarder son enfant; donne-moi un grand verre de vin.»

Joseph venait d'en apporter du prieuré, et du meilleur. Le chanoine s'était

exécuté généreusement, et bientôt la malade eut à discrétion tout ce que

son état réclamait. Corilla souleva d'une main ferme le gobelet d'argent

qu'on lui présentait, et le vida avec l'aplomb d'une vivandière; puis,

se jetant sur les bons coussins du chanoine, elle s'y endormit aussitôt

avec la profonde insouciance que donnent un corps de fer et une âme de

glace. Pendant son sommeil, l'enfant fut convenablement emmailloté, et

Consuelo alla chercher dans la prairie voisine une brebis qui lui servit

de première nourrice. Lorsque la mère s'éveilla, elle se fit soulever par

la Sofia; et, ayant encore avalé un verre de vin, elle se recueillit un

instant; Consuelo; tenant l'enfant dans ses bras, attendait le réveil de

la tendresse maternelle: Corilla avait bien autre chose en tête. Elle posa

sa voix en _ut_ majeur, et fit gravement une gamme de deux octaves. Alors

elle frappa ses mains l'une dans l'autre, en s'écriant:

«_Brava_, Corilla! tu n'as rien perdu de ta voix, et tu peux faire des

enfants tant qu'il te plaira!»

Puis elle éclata de rire, embrassa la Sofia, et lui mit au doigt un diamant

qu'elle avait au sien, en lui disant:

«C'est pour te consoler des injures que je t'ai dites. Où est mon petit

singe? Ah! mon Dieu, s'écria-t-elle en regardant son enfant, il est blond,

il lui ressemble! Tant pis pour lui! malheur à lui; ne défaites pas tant de

malles, Sofia! à quoi songez-vous! croyez-vous que je veuille rester ici?

Allons donc! vous êtes sotte, et vous ne savez pas encore ce que c'est que

la vie. Demain, je compte bien me remettre en route. Ah! zingaro, tu portes

les enfants comme une vraie femme. Combien veux-tu pour tes soins et pour

ta peine? Sais-tu, Sofia, que jamais je n'ai été mieux soignée et mieux

servie? Tu es donc de Venise, mon petit ami? m'as-tu entendue chanter?»

Consuelo ne répondit rien à ces questions, dont on n'eût pas écouté la

réponse. La Corilla lui faisait horreur. Elle remit l'enfant à la servante

du cabaret, qui venait de rentrer et qui paraissait une bonne créature;

puis elle appela Joseph et retourna avec lui au prieuré.

«Je ne m'étais pas engagé, lui dit, chemin faisant, son compagnon, à vous

ramener au chanoine. Il paraissait honteux de sa conduite, quoiqu'il

affectât beaucoup de grâce et d'enjouement; malgré son égoïsme, ce n'est

pas un méchant homme. Il s'est montré vraiment heureux d'envoyer à la

Corilla tout ce qui pouvait lui être utile.

--Il y a des âmes si dures et si affreuses, répondit Consuelo, que les âmes

faibles doivent faire plus de pitié que d'horreur. Je veux réparer mon

emportement envers ce pauvre chanoine; et puisque la Corilla n'est pas

morte, puisque, comme on dit, la mère et l'enfant se portent bien, puisque

notre chanoine y a contribué autant qu'il l'a pu, sans compromettre la

possession de son cher bénéfice, je veux le remercier. D'ailleurs, j'ai mes

raisons pour rester au prieuré jusqu'au départ de la Corilla. Je te les

dirai demain.»

La Brigide était allée visiter une ferme voisine, et Consuelo, qui

s'attendait à affronter ce cerbère, eut le plaisir d'être reçue par le

doucereux et prévenant André.

«Eh! arrivez donc, mes petits amis, s'écria-t-il en leur ouvrant la marche

vers les appartements du maître; M. le chanoine est d'une mélancolie

affreuse. Il n'a presque rien mangé à son déjeuner, et il a interrompu

trois fois sa sieste. Il a eu deux grands chagrins aujourd'hui; il a

perdu son plus beau volkameria et l'espérance d'entendre de la musique.

Heureusement vous voilà de retour, et une de ses peines sera adoucie.

--Se moque-t-il de son maître ou de nous? dit Consuelo à Joseph.

--L'un et l'autre, répondit Haydn. Pourvu que le chanoine ne nous boude

pas, nous allons nous amuser.»

Loin de bouder, le chanoine les reçut à bras ouverts, les força de

déjeuner, et ensuite se mit au piano avec eux. Consuelo lui fit comprendre

et admirer les préludes admirables du grand Bach, et, pour achever de

le mettre de bonne humeur, elle lui chanta les plus beaux airs de son

répertoire, sans chercher à déguiser sa voix, et sans trop s'inquiéter de

lui laisser deviner son sexe et son âge. Le chanoine était déterminé à

ne rien deviner et à jouir avec délices de ce qu'il entendait. Il était

véritablement amateur passionné de musique, et ses transports eurent une

sincérité et une effusion dont Consuelo ne put se défendre d'être touchée.

«Ah! cher enfant, noble enfant, heureux enfant, s'écriait le bonhomme

les larmes aux yeux, tu fais de ce jour le plus beau de ma vie. Mais que

deviendrai-je désormais? Non, je ne pourrai supporter la perte d'une telle

jouissance, et l'ennui me consumera; je ne pourrai plus faire de musique;

j'aurai l'âme remplie d'un idéal que tout me fera regretter! Je n'aimerai

plus rien, pas même mes fleurs.

--Et vous aurez grand tort, monsieur le chanoine, répondit Consuelo;

car vos fleurs chantent mieux que moi.

--Que dis-tu? mes fleurs chantent? Je ne les ai jamais entendues.

--C'est que vous ne les avez jamais écoutées, Moi, je les ai entendues

ce matin, j'ai surpris leurs mystères, et j'ai compris leur mélodie.

--Tu es un étrange enfant, un enfant de génie! s'écria le chanoine en

caressant la tête brune de Consuelo avec une chasteté paternelle; tu portes

la livrée de la misère, et tu devrais être porté en triomphe. Mais qui

es-tu, dis-moi, où as-tu appris ce que tu sais?

--Le hasard, la nature, monsieur le chanoine!

--Ah! tu me trompes, dit malignement le chanoine, qui avait toujours le mot

pour rire; tu es quelque fils de Caffarelli ou de Farinello! Mais, écoutez,

mes enfants, ajouta-t-il d'un air sérieux et animé: je ne veux plus que

vous me quittiez. Je me charge de vous; restez avec moi. J'ai de la

fortune, je vous en donnerai. Je serai pour vous ce que Gravina a été

pour Metastasio. Ce sera mon bonheur, ma gloire. Attachez-vous à moi;

il ne s'agira que d'entrer dans les ordres mineurs. Je vous ferai avoir

quelques jolis bénéfices, et après ma mort vous trouverez quelques bonnes

petites économies que je ne prétends pas laisser à cette harpie de

Brigide.»

Comme le chanoine disait cela, Brigide entra brusquement et entendit ses

dernières paroles.

«Et moi, s'écria-t-elle d'une voix glapissante et avec des larmes de rage,

je ne prétends pas vous servir davantage. C'est assez longtemps sacrifier

ma jeunesse et ma réputation à un maître ingrat.

--Ta réputation? ta jeunesse? interrompit moqueusement le chanoine sans

se déconcerter. Eh! tu te flattes, ma pauvre vieille; ce qu'il te plaît

d'appeler l'une protège l'autre.

--Oui, oui, raillez, répliqua-t-elle; mais préparez-vous à ne plus me

revoir. Je quitte de ce pas une maison où je ne puis établir aucun ordre

et aucune décence. Je voulais vous empêcher de faire des folies, de

gaspiller votre bien, de dégrader votre rang; mais je vois que c'était

en vain. Votre caractère, faible et votre mauvaise étoile vous poussent à

votre perte, et les premiers saltimbanques qui vous tombent sous la main

vous tournent si bien la tête, que vous êtes tout prêt à vous laisser

dévaliser par eux. Allons, allons, il y a longtemps que le chanoine Herbert

me demande à son service et m'offre de plus beaux avantages que ceux que

vous me faites. Je suis lasse de tout ce que je vois ici. Faites-moi mon

compte. Je ne passerai pas la nuit sous votre toit.

--En sommes-nous là? dit le chanoine avec calme. Eh bien, Brigide, tu me

fais grand plaisir, et puisses-tu ne pas te raviser. Je n'ai jamais chassé

personne, et je crois que j'aurais le diable à mon service que je ne

le mettrais pas dehors, tant je suis débonnaire; mais si le diable me

quittait, je lui souhaiterais un bon voyage et chanterais un _Magnificat_

à son départ. Va faire ton paquet, Brigide; et quant à tes comptes,

fais-les toi-même, mon enfant. Tout ce que tu voudras, tout ce que je

possède, si tu veux, pourvu que tu t'en ailles bien vite.

--Eh! monsieur le chanoine, dit Haydn tout ému de cette scène domestique,

vous regretterez une vieille servante qui vous paraît fort attachée...

--Elle est attachée à mon bénéfice, répondit le chanoine, et moi, je ne

regretterai que son café.

--Vous vous habituerez à vous passer de bon café, monsieur le chanoine,

dit l'austère Consuelo avec fermeté, et vous ferez bien. Tais-toi, Joseph,

et ne parle pas pour elle. Je veux le dire devant elle, moi, parce que

c'est la vérité. Elle est méchante et elle est nuisible à son maître.

Il est bon, lui; la nature l'a fait noble et généreux. Mais cette fille

le rend égoïste. Elle refoule les bons mouvements de son âme; et s'il la

garde, il deviendra dur et inhumain comme elle. Pardonnez-moi, monsieur le

chanoine, si je vous parle ainsi. Vous m'avez fait tant chanter, et vous

m'avez tant poussé à l'exaltation en manifestant la vôtre, que je suis

peut-être un peu hors de moi. Si j'éprouve une sorte d'ivresse, c'est votre

faute; mais soyez sûr que la vérité parle dans ces ivresses-là, parce

qu'elles sont nobles et développent en nous ce que nous avons de meilleur.

Elles nous mettent le coeur sur les lèvres, et c'est mon coeur qui vous

parle en ce moment. Quand je serai calme, je serai plus respectueux et

non plus sincère. Croyez-moi, je ne veux pas de votre fortune, je n'en ai

aucune envie, aucun besoin. Quand je voudrai, j'en aurai plus que vous,

et la vie d'artiste est vouée à tant de hasards, que vous me survivrez

peut-être. Ce sera peut-être à moi de vous inscrire sur mon testament,

en reconnaissance de ce que vous avez voulu faire le vôtre en ma faveur.

Demain nous partons pour ne vous revoir peut-être jamais; mais nous

partirons le coeur plein de joie, de respect, d'estime et de reconnaissance

pour vous si vous renvoyez madame Brigide, à qui je demande bien pardon de

ma façon de penser.»

Consuelo parlait avec tant de feu, et la franchise de son caractère se

peignait si vivement dans tous ses traits, que le chanoine en fut frappé

comme d'un éclair.

«Va-t'en, Brigide, dit-il à sa gouvernante d'un air digne et ferme. La

vérité parle par la bouche des enfants, et cet enfant-là a quelque chose

de grand dans l'esprit. Va-t'en, car tu m'as fait faire ce matin une

mauvaise action, et tu m'en ferais faire d'autres, parce que je suis

faible et parfois craintif. Va-t'en, parce que tu me rends malheureux, et

que cela ne peut pas te faire faire ton salut; va-t'en, ajouta-t-il en

souriant, parce que tu commences à brûler trop ton café et à tourner toutes

les crèmes où tu mets le nez.»

Ce dernier reproche fut plus sensible à Brigide que tous les autres, et

Son orgueil, blessé à l'endroit le plus irritable, lui ferma la bouche

complètement. Elle se redressa, jeta sur le chanoine un regard de pitié,

presque de mépris, et sortit d'un air théâtral. Deux heures après, cette

reine dépossédée quittait le prieuré, après l'avoir un peu mis au pillage.

Le chanoine ne voulut pas s'en apercevoir, et à l'air de béatitude qui se

Répandit sur son visage, Haydn reconnut que Consuelo lui avait rendu un

véritable service. A dîner, cette dernière, pour l'empêcher d'éprouver

le moindre regret, lui fit du café à la manière de Venise, qui est bien

la première manière du monde. André se mit aussitôt à l'étude sous sa

direction, et le chanoine déclara qu'il n'avait dégusté meilleur café de

sa vie. On fit encore de la musique le soir, après avoir envoyé demander

des nouvelles de la Corilla, qui était déjà assise, leur dit-on, sur le

fauteuil que le chanoine lui avait envoyé. On se promena au clair de la

lune dans le jardin, par une soirée magnifique. Le chanoine, appuyé sur

le bras de Consuelo, ne cessait de la supplier d'entrer dans les ordres

mineurs et de s'attacher à lui comme fils adoptif.

«Prenez garde, lui dit Joseph lorsqu'ils rentrèrent dans leurs chambres;

ce bon chanoine s'éprend de vous un peu trop sérieusement.

--Rien ne doit inquiéter en voyage, lui répondit-elle. Je ne serai pas

plus abbé que je n'ai été trompette. M. Mayer, le comte Hoditz et le

chanoine ont tous compté sans le lendemain.»

Consuelo, Tome 3 (1861) · 第 11 / 39 题