Un matin, les journaux reproduisirent l’information suivante:
«_Genève._--La sympathique artiste parisienne, Mlle X..., qui était
descendue à l’hôtel Z..., a été trouvée hier inanimée dans son lit. Elle
était en grande toilette et sa couche était jonchée de fleurs. Il s’agit
probablement d’un suicide que la première enquête attribue à des
chagrins intimes.»
C’était de Marussia qu’il s’agissait.
Dès son arrivée à Lausanne, où elle retrouvait son métèque, les
autorités françaises, par le consulat, la prévinrent de la suspicion
dont le Roumain était l’objet. Elle ne voulut rien savoir, pensa jouer à
la plus fine et fut persuadée qu’elle avait fait la conquête du
consul--qui tout au contraire la faisait étroitement surveiller.
Elle fréquenta le milieu fâcheux où évoluait son amant et se rendit
elle-même suspecte--bien à tort, car il n’y avait que des légèretés.
Néanmoins, quand elle voulut rentrer à Paris, elle se heurta à une fin
de non-recevoir formelle de la part des autorités françaises. On lui
conseilla une manière de quarantaine qui, après sa rupture avec son
entourage, lui permettrait d’obtenir le visa de ses papiers».
Elle refusa tout d’abord.
Par la suite, harcelée par son désir de rentrer à Paris--désir qui ne
pouvait s’expliquer que pour remplir une mission--elle s’en fut à
Genève, se rendit souvent au consulat et semblait à la veille d’une
rupture _ou peut-être même d’aveux_, quand on apprit sa mort inopinée.
Ses compagnons craignirent-ils d’en avoir trop dit devant elle? Ne
voulut-elle plus obéir? On ne crut pas au suicide, et on parla tout de
suite d’assassinat. Ses amis veulent voir en sa mort, habilement
arrangée, une vengeance allemande.
Quoi qu’il en soit, cette disparition fut la conclusion de la première
affaire bien parisienne du service des renseignements.