PREMIÈRE AFFAIRE «BIEN PARISIENNE» DU SERVICE DES
RENSEIGNEMENTS.--L’ACTRICE ET LE ROUMAIN.--LE DRAME DE GENÈVE.
«...Et si vous rencontrez dans l’escalier un marchand de charbon, ou un
garçon épicier, qui vous dévisage, ne vous en étonnez pas: ce sont des
gens à nous.»
Sur ces mots, le «patron», après une vigoureuse poignée de main, referma
la porte de son bureau sur son visiteur.
Celui-ci longea le couloir, tourna à gauche, descendit trois étages, et
se trouva sur le boulevard Saint-Germain. Il arriva bientôt devant la
Chambre des Députés, traversa le pont, la place de la Concorde, et
s’installa sur un banc dans les Tuileries. Il alluma une cigarette et
réfléchit aux événements de la journée.
Que s’était-il passé?
Il était chez lui, bien tranquille, le matin, quand il reçut un coup de
téléphone d’une femme qu’il ne connaissait que de date récente... et
peu.
--C’est moi, Marussia.
--Marussia?
--Vous savez bien...
--Ah! oui, je vous écoute, chère amie.
Elle s’excusait de le déranger et de lui demander un service, qu’elle
regrettait de solliciter par une voie aussi peu discrète que le
téléphone.
Voici ce qu’elle attendait de lui: ayant au cours d’un récent voyage en
Suisse, souffert de difficultés rencontrées à la frontière, elle
espérait qu’il voudrait bien lui envoyer, vers l’époque fixée pour son
retour, un télégramme la réclamant à Paris où sa présence serait
indispensable pour la répétition d’une pièce--imaginaire--dont il
serait, lui, l’auteur, et elle «la principale interprète»...