LA PREUVE DÉCISIVE

Voici Mata en Espagne. Elle voulait aller à Amsterdam et elle se

trouvait à Madrid, presque sans argent! Comme une dame fortunée et de

qualité, elle descendit au Grand Hôtel, où elle savait rencontrer

l’attaché militaire français et l’attaché naval allemand.

Ici une parenthèse. Pendant la guerre, l’Espagne--et la Suisse--furent

le centre de l’espionnage allemand. A Barcelone se trouvait le dépôt de

recrutement des espions, à Madrid le bureau des renseignements.

C’est à Barcelone que le capitaine Estève, de l’armée coloniale

française, vint se faire embaucher. On lui donna 300 francs (son retour

en France payé). Pas un sou de plus! Les Boches, en effet, n’étaient pas

généreux avec leurs espions; une fois admis, le malheureux devait

marcher au doigt, et presque à l’œil--sinon il était dénoncé à son pays.

Beaucoup de traîtres, qui ne pouvaient plus être utiles aux Allemands,

nous ont été livrés par eux... pour ne pas avoir à les payer. Ils leur

réglaient leur compte avec des balles françaises.

Au Grand Hôtel de Madrid, Mata s’abouche immédiatement avec l’attaché

naval allemand, le lieutenant von Kroon[B] et H. 21 se fait reconnaître.

On la voit ensuite rôder autour de l’attaché militaire français; elle

s’installe à une table voisine de la sienne, cherche tous les prétextes

pour lier conversation. Mais l’officier français, prévenu, reste

impassible, ne répond à aucune de ses avances, et la danseuse en est

pour ses frais d’œillades et d’amabilités.

Mata n’a plus rien à faire à Madrid. Les Allemands ont hâte de la

renvoyer en France.

C’est ici que se place un incident capital.

Von Kroon--à moins que ce soit von Kallé--l’officier allemand, avait

payé les faveurs de Mata avec quelques bijoux. Mais Mata les rendit:

elle préférait des espèces sonnantes, car, ayant dansé tout l’été, elle

était fort démunie quand la bise fut venue. L’officier ne voulait pas ou

ne pouvait pas prendre les sommes nécessaires sur sa cassette

particulière. Il fut convenu que Mata rentrerait à Paris et que là elle

recevrait les 15.000 pesetas dont elle avait un urgent besoin. C’est ce

qui la perdit.

L’agent allemand télégraphia à Amsterdam en demandant de l’argent pour

H. 21.

La Tour Eiffel enregistra le télégramme.

Nous sûmes vite--je ne puis dire comment, mais nous acquîmes la

certitude--qu’il s’agissait de Mata.

Celle-ci se présenta à la légation de X..., toucha la somme annoncée

et... son arrestation fut aussitôt décidée.

Les espionnes à Paris la vérité sur Mata-Hari, Marguerite Francillard, la femme du cimetière, les marraines, une grande vedette parisienne, la mort de Marussia · 第 23 / 134 题