L’exécution de Mata-Hari a eu le don d’émouvoir et même de passionner
une certaine partie de l’opinion publique. Pourquoi? Tout simplement à
cause de sa qualité d’artiste et sa réputation de jolie femme. Cette
grande vedette de music-hall avait su attirer l’attention pendant sa
vie; après sa mort la curiosité a suivi son nom, et on a voulu
compliquer, embrouiller le drame qui s’est terminé au poteau de
Vincennes.
Passe encore pour la curiosité, mais la sympathie dont on a voulu
entourer la demi-mondaine est sans excuse. Sans doute il est facile de
faire d’une danseuse plus ou moins réputée une héroïne de roman, de la
descendre des tréteaux pour la hisser sur un piédestal, de l’entourer
d’une atmosphère poétique et sentimentale.
De là à la transfigurer, à l’idéaliser et à en faire une martyre il n’y
a qu’un pas.
Les Allemands l’ont compris et ils présentent la grande espionne comme
une grande victime. Ils sont dans leur rôle.
Mais que des Français, par snobisme, se rendent complices de la
trahison, c’est inadmissible. Et c’est pour détruire la légende créée
par des littérateurs mal avisés que nous avons cru devoir mettre à nu
l’âme de cette aventurière qui aimait tant, elle, dévoiler son corps en
public.
A la vérité pour la célébrer il n’y a qu’un public d’exotisme et de
prétendus intellectuels, un public de coco et de morphine. Or il faut la
juger non en Parisien--dans le mauvais sens du mot, mais en bon
Français.