AU LECTEUR

_Méfiez-vous,_

_Taisez-vous,_

_Les oreilles ennemies vous écoutent._

_Ce livre n’est pas un roman, c’est un document._

_Je l’ai écrit avec mes souvenirs, uniquement avec ce que j’ai vu et

entendu. Je n’ai pas pu tout dire, car la défense nationale a encore,

aura longtemps peut-être, des secrets._

_Mais j’ai pensé qu’on peut dévoiler assez de vérité pour, d’abord

détruire les légendes qui se greffent trop vite sur les faits, ensuite

renseigner les mobilisés de l’avant sur ce qui s’est passé exactement à

l’arrière, enfin mettre les Parisiens au courant des périls auxquels ils

ont été exposés et qu’ils n’ont jamais soupçonnés._

_Je n’ai appartenu ni aux services des Deuxièmes Bureaux, ni à ceux de

la justice militaire: je n’ai donc commis aucune indiscrétion. J’ai

révélé des faits que tout le monde a pu connaître, et dont la

connaissance est utile à tous les Français._

_Il est bon, en effet, qu’on sache: que les espions et les traîtres ont

été châtiés par des juges impitoyables, que nos agents ont rivalisé de

ruse et d’audace, que les officiers du contre-espionnage ont accompli

des prodiges, et que la France a partout été bien servie._

_Et il est bon aussi qu’on se rappelle que le courage sans l’adresse, la

force sans la vigilance ne servent à rien. Pour se battre il ne faut pas

seulement des muscles, il faut des yeux. Voir c’est savoir, et savoir

c’est pouvoir._

_Maintenant, dans ces pages, qui ont reçu tout d’abord l’hospitalité de

la_ Liberté, _on a cru voir un manque de sensibilité._

_Quelques-uns m’ont reproché d’avoir parlé sans pitié de ces hommes et

de ces femmes qui allaient mourir. Je leur ai répondu_:

_Quand on est menacé par un serpent on l’écrase. Quand on peut se

retourner contre des assassins, qui tentent de vous poignarder dans le

dos, on les tue sans gémir sur leur sort._

_On peut hésiter à abattre un être vivant qui vous combat face à face,

ou qui n’est qu’une brute inconsciente, à immoler un soldat qui obéit et

lutte à armes égales et loyales; on ne s’émeut pas devant le châtiment

infligé à des misérables qui, par cupidité ou par haine, ont employé la

ressource des lâches pour faire massacrer d’innocentes victimes._

_Ils tombaient, eux, en lançant un dernier défi à la France pantelante.

Nous, nous leur rendions les honneurs._

_De la sensibilité, oui et toujours. De la sensiblerie, jamais!_

Les espionnes à Paris la vérité sur Mata-Hari, Marguerite Francillard, la femme du cimetière, les marraines, une grande vedette parisienne, la mort de Marussia · 第 7 / 134 题