LE. L'adverbe _bien_ veut l'article; _bien des gens_ s'estiment
plus qu'ils ne valent..... On supprime l'article après _beaucoup_,
parce que c'est l'équivalent de ces mots, _une grande quantité_.
J'ai déjà fait remarquer combien il est dangereux en grammaire
d'établir le principe que M. Molard répète ici.
1.º S'il est vrai que l'on dit _beaucoup de_, et non pas _beaucoup
des_, parce que _beaucoup_ est l'_équivalent_ de _grande quantité_,
pourquoi ne diroit-on pas _bien de gens_ au lieu de _bien des gens_?
_Bien_ n'est-il pas aussi dans ce cas l'_équivalent_ de _grande
quantité_?
2.º _Beaucoup_ est-il toujours l'équivalent de _une grande quantité_?
Le prétendre, ce seroit dire que cette phrase: j'ai beaucoup de
plaisir à vous voir, signifie j'ai _une grande quantité_ de plaisir à
vous voir, ce qui est absurde.
Je placerai ici une autre observation sur le mot _beaucoup_. M.
Molard condamne d'une manière absolue cette locution, il s'en faut _de
beaucoup_, et veut qu'on supprime le _de_[9]. Cette règle n'est pas
exacte; voici celle que donne l'Académie: «On dit _il s'en faut
beaucoup_ pour dire qu'il y a une grande différence. _Le cadet n'est
pas si sage que l'aîné, il s'en faut beaucoup._ Et on dit _il s'en
faut de beaucoup_ pour dire que la quantité qui devoit y être n'y est
pas. _Vous croyez m'avoir tout rendu; il s'en faut de beaucoup._»
[Note 9: Mauv. lang. corr., au mot _Falloir_.]