Ce soir-là Cocle et Damocle se rencontrèrent. Ils causèrent; mais
certainement une gêne était entre eux.
--Que voulez-vous? disait Coclès, nos points de vue sont opposés.
--Croyez-vous? répondait Damocle. Je ne demande qu’à nous entendre.
--Vous dites cela, mais vous n’entendez que vous seul.
--Et vous, vous ne m’écoutez même pas. Dites-le donc, si vous le savez.
--Vous prétendez le savoir mieux que moi.
--Hélas! Coclès, vous vous fâchez;--mais, pour l’amour du ciel, dites:
que dois-je faire?
--Ah! rien de plus pour moi, je vous en prie; vous m’avez fait un œil de
verre...
--De verre, faute de mieux mon Coclès.
--Oui--après m’avoir éborgné.
--Mais ce n’est pas moi, cher Coclès.
--C’était bien le moins; et d’ailleurs vous aviez de quoi le
payer--grâce à ma gifle.
--Coclès! oublions le passé!...
--Certes! il vous plaît de l’oublier.
--Ce n’est pas là ce que je veux dire.
--Mais que voulez-vous dire alors? Allons, parlez!
--Vous ne m’écoutez pas.
--C’est que je sais ce que vous allez dire!...
La discussion, faute d’aliment neuf, allait prendre une fâcheuse allure
lorsque tous deux brusquement furent heurtés par une affiche ambulante.
On y lisait:
CE SOIR A 8 HEURES
DANS LA
SALLE DES NOUVELLES LUNES
PROMÉTHÉE DÉLIVRÉ
PARLERA DE
SON AIGLE
A huit heures et demie
L’Aigle, présenté, fera quelques tours.
A 9 heures
Une quête sera faite par le garçon en faveur de l’asile de Coclès.
--Il faut voir cela, dit Coclès.
--J’y vais avec vous, dit Damoclès.