LE SOUTIRAGE DE l'ACIDE CARBONIQUE

On n'avait pas trouvé jusqu'ici de procédé bien commode pour vider

facilement et sûrement les cuves de la masse d'acide carbonique qu'elles

contiennent au-dessus du moût ayant l'opération du foulage; le très

simple appareil que nous décrivons ici résout ce problème en décantant

ce gaz, comme on le ferait d'un liquide que l'on voudrait soutirer d'un

récipient, soutirage qui en assure l'évacuation complète et conjure tout

danger d'asphyxie. Le principe de cet appareil repose sur la densité de

l'acide carbonique qui, comme on le sait, est considérable, environ une

fois et demie celle de l'air, propriété qui permet de le transvaser sans

qu'il se mêle sensiblement à l'air ambiant, tout au moins pour un temps,

et qui donne la faculté de le soutirer comme un liquide.

Le moyen est des plus simples et consiste à munir, dans les conditions

indiquées ci-après, une cuve quelconque d'orifices que l'on peut ouvrir

ou fermer à volonté. Reportons-nous à la cuve représentée sur notre

figure. L'une des douelles montre la place de cinq de ces orifices; ils

sont ronds, ont 6 centimètres de diamètre et doivent être espacés de 20

centimètres à partir du haut. On en met quatre pour un vaisseau de 6

mètres cubes (environ 25 pièces); mais ce nombre peut être augmenté ou

diminué suivant sa capacité. Il en faut nécessairement plusieurs, la

hauteur du raisin pouvant être plus ou moins grande dans la cuve. Pour

toute sûreté, le plus bas ne doit guère être à plus d'un mètre du fond.

Au niveau de chacune de ces ouvertures, sont adaptés des ajutages

métalliques formés de deux pièces, l'une s'appliquant sur la cuve avec

des vis; l'autre, en forme de bouchon, se vissant sur la première. La

fermeture est rendue étanche par deux rondelles de caoutchouc: l'une se

place entre la cuve et le cercle de la pièce, l'autre entre cette pièce

et le bouchon.

Tous ces ajutages doivent être fermés en dehors du foulage, l'acide

carbonique qui se produit, et qui résulte du dédoublement du sucre de

raisin en alcool et en acide carbonique, étant nécessaire, en formant

au-dessus du moût une couche qui l'empêche d'aigrir.

[Illustration:]

Lorsqu'on veut procéder au foulage, on ouvre tous les ajutages qui sont

au-dessus du moût, de façon à soutirer tout l'acide carbonique qui le

surmonte. Il s'écoule, en vertu de sa densité, sous forme de jets, comme

s'il s'agissait d'un liquide, ce qui ne demande pas plus de dix minutes,

un quart d'heure; on s'assure, du reste, qu'il ne reste plus de ce gaz,

au moyen d'une lanterne qui doit brûler jusqu'à l'ouverture la plus

basse.

Cette précaution étant prise, on peut entrer dans la cuve avec la

sécurité la plus absolue, sans être incommodé même par l'acide

carbonique emprisonné sous le chapeau formé par les rafles, qui se

dégage lorsqu'on foule et qui s'écoule par les orifices, au fur et à

mesure qu'il arrive.

Ces ajutages se trouvent au prix de 3 fr. 50 pièce chez _M. Rameau,

ingénieur, 110, rue s'Angoulême, Paris._

Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre ne nous ont

pas été fournis.

L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre 1905 · 第 37 / 37 题