La Russie est, en ce moment, presque isolée du reste du monde: ses
postiers, ses télégraphistes, sont en grève; les chemins de fer
fonctionnent de la façon la plus irrégulière, au bon plaisir des
employés ou de ceux qui les mènent. C'est miracle que des courriers
arrivent encore de temps à autre. Cependant, le zèle de nos
correspondants ne se ralentit point; et nous continuons de recevoir de
toutes les parties de l'empire troublé, d'intéressants documents.
Les trois premières photographies de cette page donnent une idée des
excès auxquels se livrent les antisémites.
Deux sont prises à quelques heures d'intervalle dans la même rue
d'Ismaïl, près de Kichinef, en Bessarabie. Les pillards avaient d'abord
passé et emporté tout ce qui pouvait constituer un butin profitable.
[Illustration: A SARATOF.--Vue intérieure de la synagogue pillée et
incendiée.]
Les incendiaires vinrent sur les talons des voleurs et mirent le feu.
La troisième photographie nous vient de Saratof, et montre ce qu'ont
fait de la synagogue les bandes furieuses en rage de représailles contre
ceux qu'ils considèrent comme les instigateurs du mouvement
révolutionnaire.
Notre dernière photographie, enfin, n'est pas la moins curieuse. Elle
donne une vue du premier Congrès général qu'aient tenu les délégués des
paysans. Il a eu lieu à Moscou la semaine dernière. D'autres réunions de
paysans des environs de Moscou avaient bien eu lieu cet été. Cette
assemblée, du fait qu'elle réunissait des délégués de différentes
provinces, a une importance et une portée considérables, et les
résolutions qui y ont été prises--une tend à la «socialisation» de la
terre, une autre déclare nuls les emprunts d'État contractés après le 23
novembre--montrent que le «moujik» s'organise, et sait ce qu'il veut.
[Illustration: A MOSCOU.--Le premier Congrès général des délégués du
Corps des paysans.--_Phot. Smirnof_.]