CHAPITRE X

Du caractère des Espagnols et de celui des Chinois.

Les divers caractères des nations sont mêlés de vertus et de vices, de

bonnes et de mauvaises qualités. Les heureux mélanges sont ceux dont

il résulte de grands biens; et souvent on ne les soupçonnerait pas: il

y en a dont il résulte de grands maux, et qu'on ne soupçonnerait pas

non plus.

La bonne foi des Espagnols a été fameuse dans tous les temps.

Justin[355] nous parle de leur fidélité à garder les dépôts; ils ont

souvent souffert la mort pour les tenir secrets. Cette fidélité qu'ils

avaient autrefois, ils l'ont encore aujourd'hui. Toutes les nations

qui commercent à Cadix confient leur fortune aux Espagnols; elles ne

s'en sont jamais repenties. Mais cette qualité admirable, jointe à

leur paresse, forme un mélange dont il résulte des effets qui leur

sont pernicieux: les peuples de l'Europe font, sous leurs yeux, tout

le commerce de leur monarchie.

[355] Liv. XVII.

Le caractère des Chinois forme un autre mélange, qui est en contraste

avec le caractère des Espagnols. Leur vie précaire[356] fait qu'ils

ont une activité prodigieuse, et un désir si excessif du gain,

qu'aucune nation commerçante ne peut se fier à eux[357]. Cette

infidélité reconnue leur a conservé le commerce du Japon; aucun

négociant d'Europe n'a osé entreprendre de le faire sous leur nom,

quelque facilité qu'il y eût eu à l'entreprendre par leurs provinces

maritimes du nord.

[356] Par la nature du climat et du terrain.

[357] Le P. Duhalde, t. II.

Esprit des lois livres I à V, précédés d'une introduction de l'éditeur · 第 177 / 211 题