De l'esclavage des nègres.
Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres
esclaves, voici ce que je dirais:
Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû
mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher
tant de terres.
Le sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler la plante qui
le produit par des esclaves.
Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête; et
ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre.
On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très
sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir.
Il est si naturel de penser que c'est la couleur qui constitue
l'essence de l'humanité, que les peuples d'Asie, qui font des
eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu'ils ont avec nous
d'une façon plus marquée.
On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui,
chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, était d'une si
grande conséquence, qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui
leur tombaient entre les mains.
Une preuve que les nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font
plus de cas d'un collier de verre que de l'or, qui, chez des nations
policées, est d'une si grande conséquence.
Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des
hommes, parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait
à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.
De petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux
Africains: car, si elle était telle qu'ils le disent, ne serait-il pas
venu dans la tête des princes d'Europe, qui font entre eux tant de
conventions inutiles, d'en faire une générale en faveur de la
miséricorde et de la pitié?