Comment les institutions changèrent à Rome avec le gouvernement.
Comme le tribunal domestique supposait des moeurs, l'accusation
publique en supposait aussi; et cela fit que ces deux choses tombèrent
avec les moeurs, et finirent avec la république[185].
[185] _Judicio de moribus (quod antea quidem in antiquis legibus
positum erat, non autem frequentabatur) penitus abolito._ «Le
jugement sur les moeurs, établi dans les lois anciennes, mais
depuis longtemps tombé en désuétude, fut définitivement aboli.»
(Leg. XI, § 2, cod., _de repud._)
L'établissement des questions perpétuelles, c'est-à-dire du partage de
la juridiction entre les préteurs, et la coutume qui s'introduisit de
plus en plus que ces préteurs jugeassent eux-mêmes[186] toutes les
affaires, affaiblirent l'usage du tribunal domestique; ce qui paraît
par la surprise des historiens, qui regardent comme des faits
singuliers et comme un renouvellement de la pratique ancienne les
jugements que Tibère fit rendre par ce tribunal.
[186] _Judicia extraordinaria._
L'établissement de la monarchie et le changement des moeurs firent
encore cesser l'accusation publique. On pouvait craindre qu'un
malhonnête homme, piqué des mépris d'une femme, indigné de ses refus,
outré de sa vertu même, ne formât le dessein de la perdre. La loi
Julia ordonna qu'on ne pourrait accuser une femme d'adultère qu'après
avoir accusé son mari de favoriser ses dérèglements: ce qui
restreignit beaucoup cette accusation, et l'anéantit pour ainsi
dire[187].
[187] Constantin l'ôta entièrement. «C'est une chose indigne,
disait-il, que des mariages tranquilles soient troublés par
l'audace des étrangers.»
Sixte-Quint sembla vouloir renouveler l'accusation publique[188]. Mais
il ne faut qu'un peu de réflexion pour voir que cette loi, dans une
monarchie telle que la sienne, était encore plus déplacée que dans
toute autre.
[188] Sixte-Quint ordonna qu'un mari qui n'irait point se plaindre
à lui des débauches de sa femme serait puni de mort. Voyez Leti.