LE VOYAGEUR.

Savoir où vous allez est encor plus commode

Les femmes de Quimper ont des fichus plissés

Et tout raidis au bleu; je connais bien leur mode;

Leurs coiffes vont au vent tant que c'en est assez.

Vous, sur un justaucorps qui ne va qu'à la taille

Vous cousez deux beaux rangs de galons couleur d'or;

Autour de votre cou, sous ce gilet qui bâille,

Un autre plus étroit s'aperçoit bien encor.

Un ruban pareil tourne au bas de votre robe,

Et d'un rouge cordon relevés avec goût,

Vos cheveux, que devant le bonnet nous dérobe,

Ressortent en arrière et chargent votre cou.

Je reviens du pays dont c'est là la coiffure;

Je reviens de Kersaint et Tremeané.

Vous ne voudriez pas me tromper, je le jure:--

Dites,--vous qui riez,--n'ai-je pas deviné?

V

Un fragment de la jolie pièce intitulée _Nos Buissons_ montrera avec

quelles fraîches et jeunes inspirations M. E. Grimaud a écrit le volume

de poésies qu'il a si justement appelées _Fleurs de Vendée_.

Voici la saison chérie:

L'épine noire est fleurie,

Saluez le gai printemps!

L'aubépine s'est couverte

D'une robe blanche et verte

Qui fait le vent embaumé,

Comme la déesse antique

Dont la robe balsamique

Laisse un souffle parfumé.

Que ton destin s'accomplisse,

Fleur de la ronce, calice

D'où sort ce fruit savoureux,

La mûre, la noire perle,

Pour qui l'enfant et le merle

Ont des regards amoureux.

O senteurs du chèvrefeuille,

Sucs que l'abeille recueille,

Que boivent les papillons!

O l'arome qui s'épanche

Du troëne à grappe blanche,

Ce lilas de nos vallons!

Le liseron court, s'enlace,

Et jamais il ne se lasse

De grimper, de festonner!

A voir sa cloche argentine,

Lorsque le zéphyr l'incline,

On pense: elle va sonner!

Le sureau dresse sa tige,

La demoiselle y voltige,

Sachant que son miel est doux;

Le lézard vert dans la haie,

Au moindre bruit qui l'effraye,

Se glisse à travers les houx.

L'araignée industrieuse

Tend sa toile captieuse

Entre deux brins d'églantier;

Plus fine que la dentelle,

D'un sylphe on dirait une aile

Dont il perdit la moitié.

Et plus bas maintes fleurettes

Découpent leurs collerettes

D'azur et d'argent et d'or:

--La primevère hâtive,

La violette craintive

Qui dérobe son trésor,

La véronique céleste,

Et la bruyère modeste,

Au calice délié;

Le myosotis qu'on donne

A l'ami qu'on abandonne,

Pour n'en pas être oublié!

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La Bretagne. Paysages et Récits. · 第 37 / 41 题