LES COMBINAISONS DE LA PROVIDENCE

C'était le mois de juin. Il y eut des pluies et des orages. Le temps

s'assombrissait; on entendait de très loin les trains siffler du côté du

sud. Les mouches harcelaient les chevaux chez le maréchal ferrant; et,

quand il passait sur la grande route une charrette fleurant bon le foin

et traînée par des boeufs accouplés, Geneviève éprouvait de la peine à

voir les beaux yeux mélancoliques des bêtes s'ouvrir et se fermer sans

défense sous les piqûres. Au premier roulement du tonnerre, elle fermait

la fenêtre, et elle appliquait un instant les mains aux vitres, pour

voir tomber le commencement de l'averse, en grosses gouttes d'eau.

Le notaire était souvent en courses, dans son cabriolet. Il revenait à

demi trempé et sentant le «chien mouillé». Il demandait à changer de

flanelle et de chaussettes. Et il venait achever de se remettre devant

une grande flambée de sarments dans la cheminée de la cuisine. Il se

frottait les mains vigoureusement, se tâtait, se tapotait d'un bout à

l'autre. Alors, il disait qu'il se trouvait bien, et qu'il faisait

joliment bon de vivre.

Avant le dîner, le ciel étant calmé, il chaussait des sabots et sa femme

de légères galoches à semelles de bois, et tous deux allaient au potager

donner la chasse aux limaçons. On cueillait les lentes coquilles mobiles

sur le sable humide, au milieu des allées, ou bien l'on s'amusait à

suivre les petits rubans visqueux jusque dans les bouillées d'oseille où

l'on détachait l'escargot crachant et renfonçant soudain sa mauvaise

humeur. «Pouah!» faisait Geneviève quand par hasard elle en écrasait un.

Elle criait aussi, lorsque, tandis qu'elle était penchée, un poirier lui

pleurait dans le cou. Son mari ayant été, à cette occasion, chargé de

l'essuyer, l'embrassa. Elle lui dit:

--Occupe-toi donc plutôt de tes sales bêtes!...

Et il alla devant, portant les limaçons dans un pot de grès recouvert

d'une assiette ébréchée.

Cependant la terre ayant reçu l'eau du ciel répandait un parfum de noces

mystérieuses, et, après la secousse de l'atmosphère, le silence des

petits vergers et des champs et l'apaisement universel des choses vous

soulevait le coeur, d'un désir à faire pleurer.

Un chat parut sur la crête d'un des murs; il marchait avec des

précautions sur les cimes à demi séchées des moellons. Il s'arrêta tout

à coup, une patte levée, en regardant fixement Jules et Geneviève de ses

yeux étranges de métal jaune.

Geneviève eut un petit rire nerveux en voyant ce chat. Son mari sourit

et lui dit:

--Comme tu es enfant! Qu'est-ce qui te fait rire?

Elle n'en savait rien.

De l'horizon encore sombre et troublé vint un dernier roulement de

tonnerre affaibli. Elle frissonna et rentra à la maison.

Le soir, comme ils achevaient de dîner, la fenêtre ouverte sur le même

potager, Jules lui dit:

--Mais, avec tout ça, on n'a pas réglé le compte du dentiste.

--Puisqu'il n'a pas fini, dit Geneviève.

--Sais-tu bien que tu es un peu capricieuse? Voyons; tu as eu cinq ou

six semaines pendant lesquelles il fallait absolument aller à Tours,

chaque samedi, pour te faire soigner la bouche. Tu ne laisses pas ton

dentiste aller jusqu'au bout, et maintenant tu ne veux plus y

retourner!... Je ne te comprends pas.

--Je voudrais que la dent me fît mal, dit Geneviève, alors j'y

retournerais... Mais, je t'en prie, laisse-moi tranquille avec ce

sujet-là!

--Les temps orageux te rendent nerveuse. Oh! je vois bien ça, depuis

quelque temps.

--Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse?... Sortons-nous?

Il alla dans le corridor prendre son chapeau et sa canne.

--Ta canne! dit-elle, je te demande un peu si tu as besoin d'une canne

pour aller faire les cent pas sur ta route où l'on ne rencontre pas âme

qui vive! C'est bien un endroit pour faire des embarras!...

Il reposa sa canne et reparut les deux mains libres. Elle haussa

imperceptiblement les épaules.

Ils allèrent le long de la route, comme chaque soir. Ils marchaient,

tantôt côte à côte et tantôt se donnant le bras, selon l'humeur de la

jeune femme, du côté de Port-de-Piles, jusqu'à la rencontre du rapide.

Ils s'arrêtaient pour voir passer cette barre lumineuse et ronflante

qui, tout à coup, rayait brutalement la nuit. La fuite éperdue des

trains vers l'horizon était toujours d'un grand effet sur Geneviève.

Son mari à qui elle avait confié son impression, la sentant trembler à

son bras, lui disait:

--Il n'y a pourtant pas de quoi être jaloux des gens qui sont là-dedans,

ce n'est pas déjà si agréable de voyager la nuit...

Il la serrait un peu contre lui, et ajoutait:

--Avoue qu'on est tout de même mieux ici, dans un bon dodo...

Et ils revenaient.

Selon le vent, telle ou telle cloche semait dans la campagne sa douce

invitation à la prière ou au repos du soir.

--Comme c'est joli! soupirait Geneviève, ces petites cloches, là-bas,

là-bas; on ne sait pas d'où cela vient...

--Si, si, disait le notaire. Et il se faisait une coquetterie de ne

jamais se tromper sur le nom de l'endroit d'où venait le son.

Elle rappelait les clochettes des troupeaux entendues en Suisse, et elle

revoyait la belle route en lacets, les chevaux de la diligence au galop,

la vallée profonde avec le lac tout en bas...

--Oh! oh!... faisait-elle; brrr!

Et elle se cramponnait au bras de son mari, comme si elle eût encore

éprouvé le léger vertige de la descente.

--Tu as une imagination! disait-il, tu te fatigues inutilement la tête.

Alors on discutait sur la nature des lumières qu'on apercevait au loin

devant soi:

--Je te dis que c'est une voiture.

--Non, puisque le dernier train est passé; c'est l'auberge.

--Et l'autre lumière en face?

--Je parie que c'est le maître d'école qui sort de la mairie avec sa

lanterne.

Un éclair blanchissait l'espace: et l'on distinguait une charrette

bâchée, au conducteur invisible, et s'avançant à pas de tortue. A dix

mètres du véhicule on entendait le chien aplati sur l'avant, qui

grognait; il semblait tenir entre les mâchoires un joujou à engrenage,

longuement remonté et dont les roues dentées se froissaient avec un

bruit de râpe. Puis le ressort se brisait d'un coup net: «ouap!» au

passage de Giraud et de Geneviève.

Et, presque tous les soirs, avant de toucher les premières maisons du

village, le notaire disait:

--Mais, m'aimes-tu un peu?

--Cette question! Est-ce que je ne suis pas ta femme? Est-ce que tu as à

te plaindre de moi?

--Oh! non! bien sûr que non!

Il ajoutait:

--Je suis trop heureux... Je ne méritais pas de t'avoir... Je n'avais

jamais espéré une femme comme toi.

Quelquefois, quand Geneviève voyait une grosse larme dégringoler

jusqu'aux quatre brins de moustache de son mari comme pour affirmer la

sincérité de ses paroles, elle l'embrassait de bon coeur.

Ce fut la vieille tante, qui, enfin, se plaignit de ce qu'on ne vînt

plus la voir. Geneviève exigea que son mari l'accompagnât à Tours. Et,

cette fois-ci, on alla chez le dentiste, tous les trois, après le

déjeuner.

Le lieutenant était au café de la Ville. Geneviève passa, sans tourner

la tête, toute fière et très solide, entre ses deux chaperons. Il

l'avait vue, avec sa tante et son mari; elle en était certaine. Elle se

félicitait, intimement, comme si elle eût remporté une grande victoire

sur elle-même. Au premier abord, elle ne s'était pas étonnée que

Marie-Joseph fût encore là, peut-être à l'attendre, à l'heure où il

l'avait déjà rencontrée le samedi. En y réfléchissant, elle se dit: «Il

faut qu'il en ait une patience!...» Elle se demanda s'il l'attendait

tous les jours. «Oh! non! il ne vient que le samedi.» Elle compta les

samedis qu'il avait dû l'attendre, depuis celui où il l'avait abordée,

où il avait eu le toupet de la suivre dans l'escalier, où il lui avait

dit--elle entendait sa voix, elle voyait le bout de soleil doré qui

tremblait sur la moustache ondulée: «Je... Je vous aime toujours!»

Le notaire observa que, puisque Mlle Cloque restait avec Geneviève, il

pouvait bien aller chez son avoué.

--Non! non! dit vivement Geneviève, ne t'en va pas!

--Quelle idée! tu n'es pas perdue, je suppose?

--Ne vous plaignez donc pas, dit Mlle Cloque, d'avoir une femme qui ne

veut pas se séparer de son mari. C'est sans doute pour cela que je ne la

vois plus, moi... Quand on pense qu'il y a six semaines que nous n'avons

causé!...

--Pauvre chère tante, dit Geneviève.

Afin de pouvoir causer à l'aise, elle permit à Jules de s'en aller. Il

était très flatté de la marque de sympathie que venait de lui donner

publiquement sa femme. Il eut une trouvaille d'amoureux:

--Allons! dit-il, je vais descendre, mais tu me regarderas un peu dans

la rue; tu me feras un petit signe de la main.

--Comme c'est gentil! dit Mlle Cloque, quand le notaire eut le dos

tourné; que je suis heureuse de vous voir ainsi tous les deux!...

Sais-tu bien, dit-elle, en regardant Geneviève dans les yeux, que tu es

ma seule consolation au milieu d'un monde qui s'en va tout entier à

vau-l'eau! Oui, mon enfant, partout, du haut en bas de l'échelle, je ne

vois que des gens qui suivent leurs petits intérêts mesquins et qui,

pour le plaisir de leur ventre--oh! il faut appeler les choses par leur

nom!--n'hésitent pas à renier Dieu et à trafiquer de leur âme...

Geneviève était debout et faisait à Jules, par la fenêtre, les signaux

convenus. Elle pensait: «S'_il_ est encore au café, il doit voir que mon

mari est en bons termes avec moi. Cela devrait suffire à le faire

partir...» Mais quelque chose, au dedans d'elle, et qui s'imposait

souvent à elle, en s'emparant de son intelligence et de ses membres, lui

soufflait: «Mais, s'il t'aime, s'il t'aime, crois-tu qu'il va partir

pour si peu?»--«S'il m'aime!» prononça-t-elle, presque des lèvres, en

ouvrant des yeux hébétés. Et l'abominable dialogue de cauchemar qui la

torturait depuis six semaines, se reformulait dans sa tête endolorie:

«Il t'aime! il t'aime!»--«Non! non!»--«Il t'aime! il t'aime! pourquoi

a-t-il monté l'escalier derrière toi?»--«Non! non! il ne m'aime pas.»

--«Et toi?»

C'est alors qu'elle devenait folle, qu'elle se mettait à rire parce

qu'elle voyait un chat s'arrêter sur un mur en la regardant; c'est alors

que le son des cloches dans la campagne, ou la fuite du train rapide, la

rendaient malade; c'est alors, parfois, qu'elle embrassait son mari. Et

la voix intérieure, odieuse et chérie, ajoutait en ce moment: «Il

t'attendait depuis six semaines à la porte du café, le monocle à l'oeil,

te guettant dans la rue...»

Elle restait les yeux fixés en bas, droit devant elle, sur les glaces de

la pâtisserie Roche, sans rien distinguer.

--Tu le vois encore? demanda Mlle Cloque.

--Qui ça? mon mari? Non.

A ce rappel, ses yeux se débrouillèrent et elle baissa aussitôt le

rideau du vitrage:

--Ah! bien! fit-elle, crois-tu? J'étais là à regarder tes ennemies en

face et je ne les voyais pas! C'est un peu fort!...

--Mes ennemies? demanda Mlle Cloque.

--Ces deux vieilles perruches de Jouffroy! Elles sont là chez Roche et

elles lorgnent par ici tant qu'elles peuvent...

--Vraiment?... Et tu crois qu'elles regardent par ici? Elles nous auront

peut-être vu monter... Pauvres filles! je ne les rencontre plus. Elles

ne vont aux offices qu'à la crypte de la nouvelle église... Oh! je ne

leur en veux pas! J'aurais tant aimé me réconcilier avec elles avant de

mourir...

--Tu as bien le temps, par exemple!... Elles ont été assez méchantes

avec toi!

--Est-ce qu'elles regardent encore?

Geneviève risqua un oeil sans toucher au rideau:

--On dirait qu'elles guettent... Qu'est-ce qu'elles peuvent bien faire

là?

--Mon Dieu! s'écria Mlle Cloque; elles ont peut-être la même pensée que

moi.

--Quelle pensée?

--Si elles avaient le désir de me revoir!...

--Ah! soupira Geneviève en soulevant les épaules, tu crois les gens bien

généreux!

--Ma fille chérie, quand on a mon âge, vois-tu bien, on juge les gens et

les choses autrement que dans la jeunesse. Je voudrais m'en aller de ce

monde sans que personne pût me reprocher de lui avoir manqué gravement,

et l'hostilité de ces deux soeurs, qui ont été si longtemps mes amies,

m'est bien pénible... Je te prierai, si je ne peux pas les embrasser

avant ma mort...

--Tante, dit Geneviève, avec impatience, je te supplie de ne pas me

parler toujours comme si ta dernière heure était arrivée! Est-ce que ça

a du bon sens? Tu ne te portes pas trop mal; tes jambes sont bien

meilleures qu'il y a dix-huit mois!...

--Je sais que ces sujets-là ne sont pas gais, mon enfant, mais, c'est

avec raison que je t'avertis parce que le Ciel m'a fait la grâce de

m'avertir moi-même, afin que j'aie le temps de me bien préparer...

--Comment ça? fit Geneviève, souriant à demi.

--Ma Geneviève! il faut te dire que j'ai eu dernièrement une petite

attaque...

Geneviève pâlit:

--Et tu ne m'as rien dit? tu ne m'as pas appelée?

--Cornet a dit tout de suite que c'était inutile, pour cette fois-là. Il

m'a administré je ne sais quelle drogue qui m'a tellement secouée qu'en

moins de huit jours j'étais debout. C'est à cause du tracas qu'a eu

cette pauvre Mariette que je lui ai donné quelques jours de congé pour

aller voir son fils. Si elle avait été ce matin à la maison, elle

t'aurait tout raconté, malgré ma défense.

Geneviève était bouleversée. Mais elle voulut cacher son inquiétude:

--Enfin, tante, c'est passé! Et tu vois que tu es solide, puisque te

voilà si bien rétablie!

Et elle embrassa sa tante. Il n'y avait plus personne dans le salon, et

Stanislas, en ouvrant à la dernière cliente qui devait passer avant

elles, leur avait adressé le sourire qui signifie: «A vous, tout à

l'heure!»

Soudain, Geneviève eut une émotion rétrospective et ne put contenir ses

larmes. Elle se jeta au cou de sa tante:

--Ah bien! dit-elle, tout de même, si je m'attendais à celle-là, par

exemple! Et dire que je n'ai rien su de tout cela... J'aurais bien dû

m'en douter... Je suis sûre que c'était cela qui me mettait la tête à

l'envers, là-bas...

--Mon enfant! ma chère petite enfant! disait Mlle Cloque, en la

pressant sur son coeur, ne te fais pas de chagrin; dis-toi que je m'en

irai bien tranquille puisque je te laisse honnête et pieuse femme, telle

que ton père eût souhaité te voir...

Elle ajouta, tout bas, en confidence:

--Je crois que le bon Dieu exaucera mes prières et me prendra dans ses

bras quand ils auront consommé l'abaissement de notre sainte religion

devant les pouvoirs publics...

Et elle mettait un doigt devant sa bouche, comme pour signifier: «Chut!

chut!... n'en dis rien!...» en faisant des yeux qui savouraient par

avance l'orgueilleux contentement d'une belle mort.

Mais elle revint à la minute présente.

--Est-ce qu'elles regardent encore?

--Oh! dit Geneviève, qu'est-ce que ça fait? laisse-les donc.

--Non! non! Va voir à la fenêtre, je t'en prie. J'ai mon idée.

--Oui, dit Geneviève: c'est même assez drôle: il y a Hortense qui ne

quitte pas des yeux soit la fenêtre, soit la porte. Elles ont l'air de

se cacher.

Mlle Cloque se leva:

--J'ai mon idée, répéta-t-elle. Mon enfant, ton tour va venir dans un

instant; je vais descendre, et si les choses se passent bien, tu me

retrouveras à la pâtisserie... J'ai mon idée; j'ai mon idée!...

Geneviève se prit le front. Des images discordantes et entremêlées se

dessinèrent à ses yeux. La lugubre confidence de sa tante, son héroïque

résignation devant la mort annoncée, sa joie mystique de vieille fille

vertueuse, et d'un autre côté cet acharnement à se réconcilier avec les

demoiselles Jouffroy,--maintenant les tantes de Marie-Joseph,--la

perspective d'un rapprochement entre les deux familles--après l'aventure

de l'escalier et le tumulte depuis lors de sa cervelle et de ses

sens,--lui causèrent une espèce d'affolement craintif. Elle pensa tout à

coup: «mais les Jouffroy sont là pour surveiller Marie-Joseph!...»

--N'y va pas! dit-elle à sa tante.

--Si, mon enfant, je sens que Dieu me commande cette action qu'il

approuve. Ne perdons pas de temps. A tout à l'heure. Je t'attendrai chez

Mlle Zélie.

Elle l'embrassa et descendit.

On entendait dans le cabinet du dentiste le ronronnement de la lime

mécanique ramonant par pesées réitérées la dent de la patiente, une dame

assez bien, que l'on avait vue longtemps, là, tranquille, à regarder des

images. Et, quand la lime cessait de mordre, la bouche, sans doute

maintenue ouverte par le doigt parfumé de Stanislas, émettait des sons

plaintifs, inarticulés: «ahan... ahan... ahan!...» sans que

s'interrompissent les coups réguliers de la pédale ébranlant l'étrange

rouet.

La porte donnant sur le palier fut vivement ouverte. Une tête d'homme

parut, qui inspecta d'un clin d'oeil toute la pièce. Geneviève crut

mourir. Elle avait vu Marie-Joseph.

Elle n'eut certainement pas la force de crier. Il était près d'elle. Il

disait:

--Il le fallait bien! il le fallait bien! Depuis le temps que je vous

attends... Je vous aime... Je vous aime... Geneviève!

Elle ramassa ses forces pour lui dire:

--Vous êtes perdu! allez-vous-en: vos tantes sont en face, chez Roche...

--Allons donc! dit-il; vous voulez me faire peur: mes tantes sont au

diable. En tout cas, je les y envoie...

--Mais la mienne, la mienne! ma tante sort d'ici.

--Je le sais bien! c'est pour ça que j'y suis!

--Vous êtes fou!

--Je ne dis pas non, mais je vous aime!...

Elle s'était levée pour lui montrer les demoiselles Jouffroy chez Roche.

S'il ne s'en allait pas, il ne lui restait à elle qu'un parti: fuir, et

sur-le-champ. Mais elle n'aperçut plus ces demoiselles chez Roche. Elle

vit Mlle Cloque y entrer. L'arrivée de celle-ci avait peut-être fait

reculer les deux soeurs. Il était possible, grâce à cette circonstance,

qu'elles n'eussent pas vu l'officier pénétrer dans le couloir du

dentiste. Et la scène qui allait inévitablement avoir lieu entre les

trois vieilles filles les retiendrait.

Mademoiselle Clocque · 第 36 / 43 题