O Terre, ma patiente et sombre mère, ta richesse n’est pas infinie.
Tu te fatigues à nourrir tes enfants; mais la nourriture est rare.
Les joies que tu nous offres ne sont jamais parfaites.
Les jouets que tu fabriques pour tes enfants sont fragiles.
Tu ne peux satisfaire nos insatiables espoirs;... te renierai-je pour
cela?
Ton sourire assombri par la douleur est doux à mes yeux.
Ton amour, qui ne connaît pas d’accomplissement, est cher à mon cœur.
Ton sein nous a nourris de vie, non d’immortalité; c’est pourquoi tu
veilles sur nous.
Depuis des siècles, tu composes des harmonies de couleurs et de chants
et, cependant, ton paradis n’est encore qu’une triste ébauche.
Tes créations de beauté sont voilées du brouillard des larmes.
Je verserai mes chants dans ton cœur muet et mon amour dans ton amour.
Je t’adorerai par le travail.
J’ai vu la douceur de ton visage et j’aime ta lamentable poussière, ô
mère Terre.