Pardonnez, mon révérend à deux pécheurs. Aujourd’hui les vents du
printemps soufflent en tourbillons, balayant la poussière et les
feuilles mortes, et avec elles vos leçons.
Ne dites pas, mon père, que la vie est vanité.
Car, pour un jour, nous avons fait trêve avec la mort et, pour quelques
heures parfumées, nous sommes tous deux devenus immortels.
* * * * *
Si même l’armée du roi venait et furieusement se jetait sur nous, nous
nous contenterions de secouer tristement la tête et de dire: «Frères,
vous nous dérangez. Si vous voulez jouer à ces jeux bruyants, allez plus
loin faire cliqueter vos armes. C’est seulement pour quelques instants
fugitifs que nous sommes devenus immortels.»
* * * * *
Si des amis venaient nous entourer, nous les saluerions humblement et
leur dirions: Cette bonne fortune nous met dans un grand embarras. Dans
le ciel infini, la place est restreinte où nous demeurons. Car, au
printemps, les fleurs pullulent et les ailes besogneuses des abeilles se
frôlent. Ce petit ciel où nous demeurons seuls, nous deux immortels, est
trop absurdement étroit.