Ah?... Ah oui!... Nom de Dieu!...
Oui, je vais m’habiller...
Oui, oui, Monsieur le procureur, c’est entendu, j’aurai du courage...
Mais vous direz ce que vous voudrez, ça n’est pas régulier.
Il faut faire un exemple? C’est moi qu’on a choisi pour ça? Alors,
l’opinion publique se plaignait qu’on acquittait tous les assassins et
qu’on graciait ceux qu’on n’acquittait pas; et pour donner satisfaction
à l’opinion publique, on va guillotiner un type qui n’a rien fait. Les
jurés, et le tribunal, et le Président de la République n’ont rien
compris à cette affaire-là... Il faut une tête, et c’est moi qui régale.
C’est ma tournée. Allez-y! C’est ça la justice! C’est régulier.
Vous, vous allez vous taire! Vous avez assez causé pendant le procès. Ce
n’est pas moi qui ai été vous chercher comme avocat, et ce que vous avez
pu dire d’idioties!... Que j’étais un dégénéré, que j’étais un vicieux,
que j’avais eu de mauvais exemples dans ma jeunesse et qu’il fallait
m’excuser... M’excuser de quoi, bon Dieu! Puisqu’elle était déjà morte
quand je suis arrivé, comment est-ce que j’aurais pu la tuer? C’est une
chose bien simple qu’un gosse de quatre ans comprendrait, et personne
n’a été capable de comprendre... Du moment que je lui avais flanqué de
temps en temps une flopée, comme chacun fait à sa femme ou à sa poule
pour la dresser, c’est forcément moi qui l’avais bousillée à coups de
couteau, n’est-ce pas?
Bon, bon... Ça n’est pas le moment de dire ça? A quel moment c’est que
je causerai, si je ne cause pas maintenant?... Ça n’est pas régulier.
Si je veux les secours de la religion et entendre la messe?... Oh! Je
veux bien... C’est régulier.
Écoutez-moi, Monsieur l’aumônier, on n’a jamais été juste pour moi dans
la vie. On n’a pas rendu justice à mes capacités. Y a des gens qui sont
décorés et millionnaires qui n’avaient pas mes aptitudes en n’importe
quoi... J’ai connu des femmes qui se rendaient compte; mais tous les
hommes qui auraient pu m’être utiles me regardaient de travers, par
jalousie probablement...
Que je demande pardon au bon Dieu de ce que j’ai fait?... Mais de quoi,
sacré nom de Dieu? Puisqu’elle était déjà froide quand je suis entré
dans sa chambre! Si le bon Dieu n’est pas capable de comprendre à
présent, et si il tolère des choses pareilles, c’est qu’il est encore
plus bête que le président de la République, parce que le président de
la République, pour avoir refusé ma grâce, a l’excuse que l’affaire lui
a été expliquée par mon avocat et qu’on ne comprend plus rien aux
affaires, quand un avocat les explique...
Je blasphème? Bon... Je ne dis plus rien. Laissez-moi au moins finir ma
cigarette...
Serrez pas si fort!...
Poussez pas! Je peux pas marcher plus vite, puisque vous m’avez attaché
les jambes... Ça n’est pas régulier.
Bon Dieu! Ce qu’il fait froid!
A...a...h!
Je suis innocent!... Je suis inn...