Bon dieu d’idiote! Faut-il que tu sois bête!... Où as-tu fourré mes
chaussettes, encore?... C’est ta faute ce qui est arrivé... Et mes
bretelles! Tu as voulu qu’on se couche; d’abord si tu crois que ça
m’amuse? Et puis tu avais bien besoin de donner la clef de l’appartement
à ce vieux ballot!
Ça t’avance beaucoup de chialer... Tiens, tu chialeras pour quelque
chose.
«Qu’est-ce que ça peut me faire»? Répète un peu pour voir... Alors tu
crois que c’est agréable pour mon amour-propre?... Il n’a rien dit? mais
j’aimerais mieux qu’il ait dit quelque chose. J’aimerais mieux qu’on se
soit cogné; tu aurais vu ce qu’il aurait pris comme pâtée.
Mais un type qui reste là sans rien dire, à nous regarder dans notre
lit, tu trouves que c’est agréable? Oh! Il a bien été cinq minutes avant
de comprendre que ce qu’il avait de convenable à faire, c’était de s’en
aller... Maintenant j’ai l’idée qu’il se foutait de nous. Si cette idée
m’était venue pendant qu’il était en train de nous regarder, ce que je
lui aurais balancé ton fer électrique à travers la gueule!... C’est
régulier.
Et puis tu es bien avancée, maintenant! Sûr et certain qu’il va te
plaquer... Moi qui m’étais donné tant de mal pour te trouver un filon...
Qui c’est qui va nous fournir des tableaux, maintenant? Et mon auto qui
n’est pas encore payée...
Tiens, ça me dégoûte... Je fous le camp, bonsoir.
Oui, j’emporte les quatre toiles qui sont là. Tu n’as rien à réclamer,
je pense?...
Quand je reviendrai?... Je suis très pris cette semaine; l’autre semaine
aussi.
C’est ça; je t’écrirai.
Tu n’as pas un peu de monnaie pour que je prenne de l’essence en sortant
de Paris?
Te dérange pas... Je sais où tu mets ton fric.