Tu dis que tu l’as rencontré en seconde classe dans le métro?... Tu ne
voulais pas me croire ma petite Yvonne quand je te disais que c’est un
râleur. S’il ne se rendait pas compte, encore, je comprendrais... Mais
il est tout le temps à me répéter d’un air désolé: «Oh! Je suis sûr que
tu n’as pas dîné!... Ah! Je voudrais tant que tu aies de quoi t’habiller
gentiment». Alors, quoi?
Avec ça, il en veut plus que pour son argent. Il faudrait que je sois
toujours prête quand ça le prend... Et ça le prend souvent... Il
arrivera que je ne pourrai plus le voir... Déjà, je t’assure, il me tape
sur le système, ça n’est pas croyable... Et il ne s’aperçoit de rien.
Il ne t’a pas posé de question sur moi quand il t’a rencontrée dans le
métro? J’ai l’idée qu’il commence à se méfier. L’autre soir, il m’a
parlé de Montparnasse. On a été lui dire qu’on m’avait vue là-bas, un
soir... Si je n’ai même plus le droit de sortir!
Voilà tout de même trois jours que j’ai la paix. C’est lui qui doit
s’être fait boucler dans son ménage. Il m’a envoyé un drôle de mot par
pneumatique. Il me dit «de ne pas m’en faire, qu’il y a du nouveau,
qu’il travaille à notre bonheur, et que bientôt il aurait une grosse
nouvelle à m’apprendre». Qu’est-ce qu’il a encore trouvé?... Je me
méfie...
Ce qui est rageant, c’est que je ne peux pas profiter que je suis libre
pour voir mon petit Dédé... Il est tellement pris par ses affaires...
Il vient juste ici pour voir s’il n’y a pas d’autres tableaux de
finis... Et il s’en prend à moi parce que le vieux ne travaille pas
assez vite.
Qu’est-ce que je peux y faire, dis, ma petite Yvonne, tu te rends
compte?
Ce coup que j’ai sur l’œil? Ça se voit?... Ah! ça n’est rien!... Je me
suis cognée contre un meuble en faisant mon ménage.