_gaietés_
Vingt-sept mars. Lendemain des élections à la Commune. On en est
toujours aux heures de joie. Le _Père Duchêne_ exulte. Sa plume se
trempe dans le lyrisme le plus éclatant:
C'est le Père Duchêne qui est content aujourd'hui!
Ah! foutre!
Aussi a-t-il bu plus d'une chopine après avoir été voter, et,
comme le soir, il est allé tranquillement avec ses amis avaler,
rue Montorgueil, un grand plat de tripes qu'il s'est posé sur sa
conscience avec une vive satisfaction!
Les jean-foutres auront beau faire.
Le Peuple sera représenté, etc.[163].
[163] Voir le _Père Duchêne_, numéro 12 (7 germinal 79/27 mars).
Avant midi, nous venons, comme d'habitude, rue du Croissant. Le planton
qui nous sert de garçon de bureau fait le salut militaire.
--Citoyens, il y a là quelque chose pour vous.
Un pot de grès grisâtre. Je le soulève. Poids respectable. Nous
ouvrons. Des tripes! Des tripes de chez Jouanne!
Et nous nous souvenons de notre article.
Cet excellent Jouanne n'a pas laissé refroidir son élan de
reconnaissance. Il a délégué vers nous un citoyen officieux de sa
maison de la rue Montorgueil, avec un bon pot de tripes de choix.
A ta santé, citoyen Jouanne! Nous dégusterons ce soir tes tripes dans
quelque maison amie.
Mais, comment remercier!
Nos dix premiers numéros viennent d'être réunis en brochure sous
couverture jaune d'or. Au dos, l'appel aux électeurs de Félix Pyat,
celui que je suis allé prendre chez Lachâtre.
Nous enverrons la brochure à Jouanne.
Mais, il faut une dédicace, un envoi. Et un de nous transcrit de sa
plus belle main, en tête du numéro 1:
_A Jouanne, marchand de tripes,
Le Père Duchêne, marchand de fourneaux._
Voilà un exemplaire intéressant--s'il a été conservé.
Autre historiette.
Fin avril. En pleine bataille. Le _Père Duchêne_ du jour raconte qu'on
a découvert dans les caves des Tuileries, une formidable réserve de
vins fins.
Quarante-deux mille bouteilles!
Tout de suite, la Commune a fait distribuer le vin dans les ambulances
et les hôpitaux.
Et le _Père Duchêne_ ajoute:
Ah! bon Dieu de nom de Dieu!
C'est cette piquette-là qui va foutre du sang dans les veines à ceux
qui n'en ont plus!
Buvez-moi ça, mes braves sans-culottes,
Et n'ayez pas peur de vous foutre une petite ribote avec le vin des
jean-foutres.
Ça ne peut jamais vous faire du mal!
C'est que ce n'est pas de la ripopée que la Commune vous fout là!
C'est du vrai et du bon!
C'est un vin d'aristos!
Et vous savez que vous pouvez le boire,
Car c'est vous, travailleurs, qui avez fait pousser la vigne dont il
est le sang.
Ainsi, mes braves bougres, buvez sans remords,