MAXIME, MADAME AUBRY.
MADAME AUBRY, regardant par-dessus l'épaule de Maxime.1 [1.
Maxime, Madame Aubry.]
Vous faites quelque chose de bien joli, là, Monsieur.
MAXIME.
Vous trouvez, Madame?
MADAME AUBRY.
Oui, ça me rappelle mon portrait... (Maxime la regarde avec
étonnement.) que j'avais fait faire quand j'étais riche... ça
me coûtait les yeux de la tête... deux mille francs;... mais
c'est que c'était un artiste très-connu qui l'avait fait; je
ne me rappelle pas au juste si c'était Delaroche ou Jadin1 [1.
Madame Aubry, Maxime.].
MAXIME, gravement.
Ce devait être Jadin, Madame.
MADAME AUBRY.
Je ne me rappelle pas; mais, dites-moi, monsieur Maxime,
savez-vous que je trouve mon pauvre cousin Laroque très
baissé, moi... je l'ai vu ce matin... il avait la parole
très-embarrassée.
MAXIME.
Oui, Madame, je crains beaucoup que dans un avenir prochain...
MADAME AUBRY.
Ah! Monsieur, quel malheur pour moi quand je me verrai
abandonnée à la charité des étrangers... à moins que M.
Laroque n'ait bien voulu penser à moi... et je le mériterais
bien, je crois, après toutes les peines que je me suis
données... Vous ne savez pas, par hasard, monsieur Maxime,
s'il a fait quelques dispositions?
MAXIME.
Je n'en sais rien, Madame.
MADAME AUBRY.
Cependant, il vous aime beaucoup... vous avez toute sa
confiance; il ne ferait rien sans vous consulter.
MAXIME.
J'ai eu le bonheur en effet de lui rendre mes services
agréables.
MADAME AUBRY.
Moi... je ne demanderais pas grand'chose... de quoi vivre
indépendante seulement. (Confidentiellement.) Eh bien,
monsieur Maxime, voyons...
MAXIME.
Quoi, Madame?
MADAME AUBRY.
Vous n'auriez pas affaire à une ingrate, je vous assure; vous
seriez content de moi.
MAXIME, très-tranquillement.
Madame Aubry, je crains de vous comprendre: si vous m'offrez
de l'argent pour vous aider à dépouiller, en partie du moins,
vos bienfaitrices et les miennes, eh bien, je ne veux pas.
Voilà tout.
MADAME AUBRY, après un mouvement marqué de dépit.
Mais, monsieur Maxime, je ne l'entends pas du tout comme
cela... Je voulais seulement vous prier de ne pas me nuire...
MAXIME.
Je ne nuis à personne volontairement, Madame.
MADAME AUBRY.
Eh bien, c'est tout ce que je demande... vous voyez... Il
suffit de s'entendre... nous ne sommes plus fâchés...
MAXIME.
Nous ne l'avons jamais été, Madame.
MADAME AUBRY.
Nous restons bons amis, n'est-ce pas?