MAXIME, MADEMOISELLE HELOUIN, revenant à droite et portant des
fleurs.
MADEMOISELLE HELOUIN.
Ah! vous voilà, Monsieur? quel miracle!
MAXIME, saluant.
Mademoiselle!
MADEMOISELLE HELOUIN.
Vous dessinez? moi, je viens de cueillir quelques fleurs pour
me coiffer ce soir... Vous savez que nous avons un bal ce soir
chez madame de Castennec?
MAXIME.
Je l'ignorais.
MADEMOISELLE HELUOIN.
Au fait, vous ne savez rien de ce qui se passe, vous. (Elle
pose ses fleurs sur le banc, à gauche, et en garde seulement
quelques-unes dont elle s'occupe à détacher les feuilles
fanées tout en parlant.)
MAXIME.
Je suis si souvent absent! mon métier m'y oblige.
MADEMOISELLE HELOUIN.
Oh! et puis vous êtes sauvage!
MAXIME.
Je ne suis pas sauvage; seulement, je me tiens à ma place...
pour qu'on ne soit jamais tenté de m'y remettre.
MADEMOISELLE HELOUIN, étonnée de sa froideur.
Monsieur Maxime?
MAXIME.
Mademoiselle?
MADEMOISELLE HELOUIN.
Qu'est-ce que j'ai dit, ou qu'est-ce que j'ai fait qui vous
ait déplu?
MAXIME.
Mais, rien, Mademoiselle, pourquoi?
MADEMOISELLE HELOUIN.
Parce que vous paraissiez autrefois avoir un peu d'amitié pour
moi.
MAXIME, plus ouvert.
J'en ai toujours, Mademoiselle... et ce sentiment de ma part
est tout naturel... notre état de fortune n'est-il pas le
même, ou à peu près? Nous sommes tous deux déshérités des
biens de ce monde... isolés... sans appui, sans amis: pour une
femme cette situation, je le sais, a plus d'ennuis, plus de
dangers encore qu'elle n'en a pour moi! Aussi, vous pouvez
compter sur la sympathie très-sincère, et je regrette
seulement de ne pouvoir vous en offrir d'autre témoignage que
quelques conseils... qui peut-être seraient mal reçus.
MADEMOISELLE HELOUIN.
Je vous assure que non! parlez, je vous en prie.
MAXIME, avec bonté.
C'est que c'est terrible, ce que j'ai à vous dire!
MADEMOISELLE HELOUIN.
C'est égal, parlez.
MAXIME.
Eh bien, mademoiselle, vous êtes charmante, mais vous avez un
défaut.
MADEMOISELLE HELOUIN.
Un seul? Mais vous m'enchantez!
MAXIME.
Un seul.
MADEMOISELLE HELOUIN.
Nommez-le?
MAXIME.
Le faut-il?
MADEMOISELLE HELOUIN.
Je vous en supplie!
MAXIME.
Eh bien, vous êtes un peu...
MADEMOISELLE HELOUIN, gracieusement.
Quoi?
MAXIME.
Coquette, n'est-ce pas?
MADEMOISELLE HELOUIN.
Je ne m'en suis jamais aperçue.
MAXIME.
Eh bien, faites-y attention... vous verrez! (Mademoiselle
Hélouin, un peu intimidée, baisse la tête. -- Il continue avec
grâce et bonté.) Mademoiselle, c'est là un travers... bien
léger... et bien innocent... mais, hélas! nous sommes
condamnées à la perfection, nous deux... ce qui serait
innocent chez d'autres, chez nous est coupable... En ce monde,
tous les malheureux sont des suspects...
MADEMOISELLE HELOUIN, relevant la tête après une pause.
Vous êtes bon, monsieur Maxime... Vous êtes un véritable ami.
MAXIME.
J'essaie, Mademoiselle.
MADEMOISELLE HELOUIN.
Mais un ami, comment?
MAXIME.
Véritable, vous l'avez dit.
MADEMOISELLE HELOUIN.
Sérieusement?... un ami qui m'aime... Voyons. (Elle effeuille
les pétales d'une fleur d'oranger.) Un peu?
MAXIME, devinant.
Mais sans doute.
MADEMOISELLE HELOUIN, très-coquette.
Beaucoup?
MAXIME, surpris du ton de mademoiselle Hélouin, lève la tête.
Non! (Mademoiselle Hélouin jette avec dépit la fleur
d'oranger. -- Madame Aubry paraît à gauche.)