Iles du Salut, 12 janvier 1898.
Monsieur le Président,
Innocent du crime abominable pour lequel j'ai été condamné, depuis le
premier jour de ce lugubre drame je ne demande que la lumière.
Chaque fois que j'ai sollicité l'intervention des moyens
d'investigation dont dispose le Gouvernement, pour mettre enfin un
terme à cet horrible martyre de tant d'êtres humains, il me fut
répondu qu'il y avait en cause des intérêts supérieurs au mien. Je me
suis incliné, comme je m'incline, comme je m'inclinerai toujours
devant ces intérêts, comme c'est mon devoir.
Voilà trois ans que j'attends.
La situation est effroyable pour tous les miens, intolérable pour moi.
Il n'y a pas d'intérêts qui puissent exiger qu'une famille, que mes
enfants, qu'un innocent leur soient immolés.
Je viens donc simplement faire appel à votre haute justice, à celle du
Gouvernement, pour demander mon honneur, de la justice enfin pour tant
de victimes innocentes.
Confiant dans votre haute équité, je vous demande de vouloir bien
agréer l'expression de mes sentiments respectueux.