2 août 1896.

Enfin je viens de recevoir les courriers de mai et de juin. Toujours

encore rien, peu importe. Je lutterai contre mon corps, contre mon

cerveau, contre mon coeur, tant qu'il me restera ombre de forces, tant

qu'on ne m'aura pas jeté dans la tombe, car je veux voir la fin de ce

sinistre drame.

Je souhaite pour nous tous que ce moment ne tarde plus.

*

* *

Extraits des lettres de ma femme reçues le 2 août 1896.

Paris, 10 juin 1896.

Je t'écris, encore toute troublée par tes chères et bonnes lettres que

je viens de recevoir. Au premier moment, quand je vois ton écriture

chérie, quand je lis ces lignes qui m'apportent ta pensée, les seules

nouvelles que j'aie pendant un grand mois, je suis comme folle de

chagrin, ma tête gonflée ne comprend plus, je pleure à chaudes larmes.

Puis je me ressaisis, j'ai honte de m'être laissée abattre par

l'émotion, honte de ma faiblesse et je puise dans ta fermeté, dans ton

énergie, dans ma puissante affection, une nouvelle provision de

courage. Néanmoins, tes lettres me font un bien énorme, et si

l'émotion me brise, j'ai le bonheur de te lire, l'illusion d'entendre

quelques instants ta voix aimée...

Paris, 25 juin 1896.

J'ajoute encore quelques lignes à mes lettres avant le départ du

courrier; je tiens à te dire que je suis forte, que ma volonté est

inébranlable, que j'arriverai à te faire rendre ton honneur, et je te

supplie d'avoir avec moi cet espoir absolu en l'avenir, cette foi qui

nous fait accepter les plus dures situations pour arriver à rendre à

nos enfants un nom sans tache, un nom respecté...

Cinq années de ma vie, 1894-1899 · 第 120 / 171 题