Je viens seulement de recevoir mon courrier. Toujours rien, et il faut
que je lutte, que je résiste toujours.
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Quelques extraits de lettres de ma femme reçues à cette date.
Paris, 9 décembre 1895.
Comme toujours, tes lettres attendues avec une vive anxiété, m'ont
causé une forte émotion, un rayon de bonheur, le seul instant de
détente et de joie que j'aie durant ces longs mois, ces journées
lourdes et pénibles. Lorsque je lis ces lignes si pleines de volonté
et d'énergie, je sens que ton être tout entier vibre avec moi; ton
activité morale entretient mes forces et il me semble qu'elles sont
doublées par la puissance de ta volonté...
Paris, 19 décembre 1895.
L'année dernière, à cette date, nous espérions être arrivés à la fin
de notre calvaire. Nous avions mis notre confiance entière dans la
justice, l'abominable erreur qui a été commise nous a remplis de
stupeur. Une année entière s'est passée dans les plus atroces
souffrances, tant par la blessure indigne qu'on nous a faite que pour
la vie cruelle à laquelle tu es exposé physiquement et moralement...
Paris, 25 décembre 1895.
Je ne puis m'empêcher avant le départ du courrier de venir encore une
fois causer avec toi. Ce sont toujours les mêmes choses que je te
redis, mais qu'importe, je te parle, je me rapproche de toi pendant un
instant et cela me fait du bien...
Je ne t'ai pour ainsi dire pas parlé des enfants et ce sont cependant
eux qui nous rattachent à la vie, c'est pour ces pauvres petits que
nous supportons cette situation intolérable, et Dieu merci, ils ne
s'en doutent pas. Tout est joie pour eux, ils chantent, ils rient, ils
bavardent, ils animent la maison...