Quelle profonde lassitude! Mon cerveau est broyé. Que se passe-t-il?
Pourquoi les lettres du mois d'octobre ne me sont-elles pas parvenues?
Oh! Lucie, si tu lis ces lignes, si je succombe avant le terme de cet
effroyable martyre, tu pourras mesurer tout ce que j'ai souffert!
Dans les nombreux moments où je défaille, dans ce profond dégoût de
toutes choses, trois noms que je murmure tout bas me réveillent,
relèvent mon énergie et me donnent des forces toujours nouvelles: Lucie,
Pierre, Jeanne.
Même jour, 11 heures matin.
Je viens de voir passer le courrier venant de France. Mais, hélas! mes
lettres vont d'abord à Cayenne. Enfin, j'espère que le premier courrier
venant de Cayenne me les apportera et que j'aurai enfin des nouvelles de
ma chère femme, de mes enfants, des miens; que je saurai si l'énigme de
cette monstrueuse affaire est résolue, si j'aperçois enfin un terme à
cet effroyable supplice.
Dimanche 29 décembre 1895.
Quelle bonne journée je passais le Dimanche, au milieu des miens, à
jouer avec mes enfants!
Mon petit Pierre a maintenant tout près de cinq ans; c'est presque un
grand garçon. J'attendais avec impatience ce moment pour l'emmener avec
moi, causer avec lui, ouvrir sa jeune intelligence, lui donner le culte
du beau, du vrai, lui faire une âme tellement haute que les laideurs de
la vie ne puissent l'entamer; où est tout cela, et cet éternel pourquoi?