20 décembre 1895.

Aucune avanie ne m'est épargnée. Quand je reçois mon linge, lavé à l'île

Royale, on le déplie, on le fouille de toutes façons, puis on me le

jette ainsi qu'à un vil criminel.

Chaque fois que je contemple la mer, me revient le souvenir des bons et

heureux moments que j'y ai passés avec ma femme, avec mes enfants. Je

me vois promenant mon petit Pierre sur la plage, jouant et gambadant

avec lui, faisant de beaux rêves d'avenir pour lui.

Puis me revient l'horrible situation présente, l'infamie jetée sur mon

nom, sur celui de mes enfants; mes yeux se troublent, le sang afflue au

cerveau, le coeur bat à se rompre, l'indignation s'empare de mon être.

Il faut que la lumière soit faite, il faut que la vérité soit

découverte, quel que soit notre supplice.

Cinq années de ma vie, 1894-1899 · 第 91 / 171 题