3 décembre 1895.

Je n'ai pas encore reçu le courrier du mois d'octobre. Journée lugubre,

pluie incessante. Le cerveau se rompt, le coeur se brise.

Le ciel est noir comme de l'encre, l'atmosphère embrumée; vraie journée

de mort, d'enterrement.

Combien souvent me revient à l'esprit cette exclamation de

Schopenhauer, qui, à la vue des iniquités humaines, s'écriait:

«Si Dieu a créé le monde, je ne voudrais pas être Dieu.»

Le courrier venant de Cayenne est arrivé, paraît-il, mais n'a pas

apporté mes lettres. Que de douleurs!

Rien à lire, rien pour échapper à mes pensées. Ni livres, ni revues ne

me parviennent plus.

Je marche dans la journée jusqu'à épuisement de forces, pour calmer mon

cerveau, pour briser mes nerfs.

Cinq années de ma vie, 1894-1899 · 第 80 / 171 题