26 octobre 1895.

Je ne sais plus comment je vis. Mon cerveau est broyé. Ah! dire que je

ne souffre pas au delà de toute expression, que souvent je n'aspire pas

au repos éternel, que cette lutte entre mon dégoût profond des hommes et

des choses, et mon devoir n'est pas terrible, ce serait mentir!

Mais chaque fois que je défaille, dans mes longues nuits ou dans mes

journées solitaires, chaque fois que ma raison, ébranlée par tant de

secousses, se demande enfin comment, après une vie de travail,

d'honneur, il est possible que j'en sois là, et qu'alors je voudrais

fermer les yeux pour ne plus voir, pour ne plus penser, pour ne plus

souffrir enfin, je me raidis dans un effort violent de tout l'être et je

me crie à moi-même: «Tu n'es pas seul, tu es père, tu dois défendre ton

honneur, celui de ta femme, de tes enfants» et je repars d'un nouvel

élan, pour retomber, hélas! un peu plus loin, et repartir encore.

Voilà ma vie journalière.

Cinq années de ma vie, 1894-1899 · 第 71 / 171 题