Je ne sais plus comment je vis. Mon cerveau est broyé. Ah! dire que je
ne souffre pas au delà de toute expression, que souvent je n'aspire pas
au repos éternel, que cette lutte entre mon dégoût profond des hommes et
des choses, et mon devoir n'est pas terrible, ce serait mentir!
Mais chaque fois que je défaille, dans mes longues nuits ou dans mes
journées solitaires, chaque fois que ma raison, ébranlée par tant de
secousses, se demande enfin comment, après une vie de travail,
d'honneur, il est possible que j'en sois là, et qu'alors je voudrais
fermer les yeux pour ne plus voir, pour ne plus penser, pour ne plus
souffrir enfin, je me raidis dans un effort violent de tout l'être et je
me crie à moi-même: «Tu n'es pas seul, tu es père, tu dois défendre ton
honneur, celui de ta femme, de tes enfants» et je repars d'un nouvel
élan, pour retomber, hélas! un peu plus loin, et repartir encore.
Voilà ma vie journalière.