DE L’EMPLOI
DU TEMPS.
Par Mme la Comtesse de GENLIS.
On se plaint que le temps ait fui,
Il faut qu’il pèse ou qu’il échappe.
Le Mière.
_L’oisiveté_ est en effet la _mère de tous les vices_: quand
elle ne les a pas encore mis en évidence, elle les couve.
Les Parvenus, par l’auteur de cet ouvrage.
A PARIS,
CHEZ ARTHUS BERTRAND, LIBRAIRE,
RUE HAUTEFEUILLE, Nº 23.
1824.
[Illustration: L’EMPLOI DU TEMPS.]
Inflexible toujours et pourtant généreux,
Dédaignant nos frivoles vœux,
Il enlève il est vrai, la beauté, la jeunesse,
Mais c’est en nous offrant les talens, la sagesse.
EXPLICATION DE LA GRAVURE
J’ai lu dans la vie de Cardan qu’il avait pris pour devise ces mots:
Tempus mea possessio, tempus ager meus[1].
[1] «Le temps est ma possession, c’est le champ que je travaille.»
J’imaginai de donner une _âme_ à cette belle devise; je fis graver un
cachet qui représentoit le Temps qui, en s’envolant, jetoit sur la terre
les attributs des arts et de l’étude. J’ajoutai depuis à cette idée, en
faisant de plus enlever par le temps la jeunesse et la beauté sous la
figure d’une belle femme. Je fis composer sur ce sujet une belle
gouache, peinte par M. Méris[2], et qui n’a pu servir de modèle à la
gravure de cet ouvrage; je la donnai, il y a plus de vingt ans, à une
personne qui n’existe plus, et j’ignore ce que cette miniature est
devenue. Les vers qui sont au bas, je les ai faits pour cette gravure.
[2] Si justement célèbre pour ce genre de peinture.