GODEAU.

Rien ne saurait changer le commerce entre nous:

Je suis évêque ailleurs, ici Godeau pour vous.

M. l'abbé Coignard vivait sous l'ancien régime. En ce temps-là on disait

que l'Académie française avait le mérite d'établir entre tous ses

membres une égalité qu'ils ne trouvaient pas devant la loi. Pourtant

elle fut détruite en 1793 comme «le dernier refuge de l'aristocratie».]

[6: Il veut dire: de l'évêque à qui le roi a donné la feuille des

bénéfices ecclésiastiques.]

[7: Le roi était protecteur de l'Académie.]

[8: Il est exact que l'Académie condamna cette locution.

Je dis que la coutume, assez souvent trop forte,

Fait dire improprement que l'on FERME LA PORTE.

L'usage tous les jours autorise des mots

Dont on se sert pourtant assez mal à propos.

Pour avoir moins de froid à la fin de décembre

On va POUSSER LA PORTE et l'on FERME SA CHAMBRE.

(Saint-Évremont, _les Académiciens_.)]

[9: L'Académie, en ce temps-là, ne faisait point de distribution de

prix.]

[10: Je n'ai pas trouvé mention de ce M. Rockstrong dans les mémoires

relatifs à l'attentat de Monmouth. (_Note de l'éditeur_.)]

[11: Au temps de M. l'abbé Coignard les Français se croyaient déjà

libres. Le sieur d'Alquié écrivait en 1670:

«Trois choses rendent un homme heureux en ce monde, sçavoir la douceur

de l'entretien, les mets délicats et la liberté entière et parfaite.

Nous avons veu comme quoy nostre illustre royaume a parfaitement

satisfait aux deux premiers; ainsi qu'il ne reste maintenant qu'à

montrer que le troisième ne luy manque pas, et que la liberté n'y est

pas moins que les deux advantages précédans. La chose vous paraistra

d'abord véritable, si vous considérez attentivement le nom de nostre

Estat, le sujet de sa fondation, et sa pratique ordinaire: car on

remarque d'abord que ce nom de _France_ ne signifie autre chose que

_Franchise et liberté_, conformément au dessein des fondateurs de cette

Monarchie, lesquels ayant une âme noble et généreuse et ne pouvant

souffrir ny l'esclavage ny la moindre servitude se résolurent de secouer

le joug de toute sorte de captivité, et d'estre aussi libres que les

hommes le peuvent estre: c'est pourquoy ils s'en vinrent dans les Gaules

qui estoient un Pays dont les Peuples n'estoient pas ny moins belliqueux

ny moins jaloux de sa franchise qu'ils le pouvoient estre. Quand au

second point, nous sçavons qu'outre les inclinations et les desseins

qu'ils ont en fondant cet Estat, d'estre toujours maistres d'eux-mesmes;

c'est qu'ils ont donné des loix à leurs Souverains, qui (limitant leur

pouvoir) les maintiennent dans leurs privilèges: de sorte que quand on

les en veut priver ils deviennent furieux et courent aux armes avec tant

de vitesse que rien ne peust les retenir quand il s'agit de ce point.

Quant au troisiesme, je dis que la France est si amoureuse de la

liberté, qu'elle ne peut pas souffrir un Esclave: de sorte que les Turcs

et les Mores, bien moins encore les peuples Chrétiens, ne peuvent jamais

porter des fers ny estre chargés de chaisnes, estant dans son pays:

aussi arrive-t-il que quand il y a des esclaves en _France_, ils ne sont

pas si tost à terre, qu'ils s'écrient pleins de joye: Vive la France

avec son aymable Liberté. (_Les Délices de la France..._, par François

Savinien d'Alquié, _Amsterdam_, 1670, in-12.--Chapitre XVI, intitulé _La

France est un pays de liberté pour toute sorte de personnes_, pp.

245-246.)]

Les opinions de M. Jérôme Coignard Recueillies par Jacques Tournebroche · 第 59 / 59 题