LA DÉRAISON

C’est le matin. Les bonnes sont à la messe. Ma mère, assise devant le

guéridon, vérifie un compte pendant que, dans mon lit, je feins de lire

les journaux, comme d’habitude. Un instant, s’étant tournée vers moi,

elle se lève très émue, car elle a vu que je pleurais.

--Qu’est-ce que tu as, André? Qu’est-ce que tu as? Pourquoi pleures-tu?

--Je n’ai rien... Je n’ai rien...

Mais aussitôt elle a deviné:

--C’est _elle_ qui te torture; c’est pour elle que tu pleures. Tu

souffres!... Ah! mon pauvre enfant!...

Je ne peux que répondre en hochant la tête:

--Oui... oui... oui...

Elle s’est approchée de moi. Les sanglots m’étouffent. Il y a si

longtemps que je voulais pleurer au cou de quelqu’un! Elle m’interroge

doucement:

--Tu l’aimes donc tant que ça?

Le roman du malade · 第 44 / 59 题