Comme tous les corps vivants, celui-là est posé sur sa base; elle est
formée de deux colonnes fuselées qui s’épanouissent de deux racines
charnues, leur lien avec la terre et le médiateur le plus complaisant
de leur connaissance de la terre.
Tous les corps dépendent de la terre, excepté la lumière, cette eau
qui vient d’en haut et qui ne tombe pas en bas, mais qui plane sur la
vie et l’enveloppe d’un manteau aérien, où elle se blottit un temps
contre la mort
Et contre la terre dont elle a peur. Mais il faut que les corps se
familiarisent avec la terre et c’est pourquoi la nature a voulu qu’ils
s’appuient tendrement sur elle
Par leurs pieds ou par leur ventre, jusqu’à ce que sa bonté se fende
et s’ouvre avec une tendresse enfin réciproque et reçoive ses enfants
dans son sein.
V
Mais ceci m’indique bien que ce n’est pas le commencement. Le
commencement est ce qui est le plus près de la lumière, ce qui sourit
d’abord à la lumière, ce qui s’y baigne, y flotte, y nage, s’y épand
avec une joie simple.
Je commencerai donc ma topographie par les cheveux. Précisément, ils
participent du soleil par leur couleur et de l’air par leur légèreté.
On pourrait les respirer comme l’air du matin quand le soleil joue
avec les feuilles nouvelles.
Quelle plus magique initiale imaginerait-on pour écrire le mot du
poème? Les cheveux d’air et de lumière, de soie et de soleil! Et voyez
comme ils se lient
Avec aisance aux autres hiéroglyphes qui sont la bouche et toute la
face. La chevelure crée la figure et en dessine la limite.