Au moment où l’année se renouvelle, avant et après les fleurs échangées,
j’ai pensé à vous, mon amie, à moi, à tous les êtres que nous avons
aimés, à ceux qui vivent et à ceux qui sont morts dans les cœurs, et
cela a pris la forme d’une _Élévation_, que je vous envoie. C’est
peut-être une suite à ma première lettre. Ainsi le point de départ en
serait en vous-même, bien que je ne sois pas sûr que cela soit conforme
à vos sentiments, car les femmes, et même les Amazones, sont d’un
égoïsme surélevé. Elles ne sortent d’elles-mêmes que pour y retomber
avec délices, et l’amour dont elles ne sont point la cause les touche
rarement, sinon d’une pitié toute extérieure. Mais il y a des volontés
mâles en des corps féminins. C’est sur cela que je compte pour atteindre
votre sympathie essentielle. Les rêves que réalisèrent Salomon ou Don
Juan sont des rêves amazoniens. Au reste vous savez bien à laquelle de
la double nature s’attache la mienne, qui est une dans sa multiplicité.
Ayons des âmes mystiques pour mieux comprendre le sens des gestes, et
non pour les mépriser, car sans cela les âmes désemparées ne sauraient
plus comment communiquer entre elles: tout langage est corporel,
c’est-à-dire organique.