Longtemps on a pu croire que les cyclones étaient des phénomènes
particuliers aux régions tropicales, ne se produisant dans nos pays qu'à
l'état de rare exception; or il semble qu'ils y deviennent de plus en
plus fréquents et, en France notamment, on a eu trop souvent, depuis
quelques années, l'occasion de les constater. Tout récemment encore, les
orages ont été accompagnés, sur plusieurs points du territoire, de
perturbations atmosphériques extraordinaires.
[Illustration: A Cravant (Loiret): une des fermes ruinées.]
C'est ainsi que, le 30 juin, une trombe d'une violence inouïe a dévasté
les départements de l'Aisne et des Ardennes, sur un parcours de 80
kilomètres, causant pour une vingtaine de millions de dégâts. Un exemple
entre les plus saisissants pourra, surtout avec un document
photographique à l'appui, donner une idée des désastreux effets du
fléau.
[Illustration: Près d'Angers: un arbre brisé et déchiqueté par la
tempête sur les bords de la Maine, le 4 juillet.--_Phot. Chanteau._]
Deux courants, l'un venant du sud-ouest, l'autre du sud-est, se
rencontrèrent au centre même du hameau de Montigny-la-Cour (Aisne),
formé d'une agglomération de fermes; en quelques secondes, la tornade
résultant de ce choc formidable détruisait les bâtiments: il n'en
restait plus que des pans de murs effondrés, des carcasses de toitures,
dont les charpentes de fer avaient été tordues comme des brins d'osier,
les lourdes plaques de tôle ondulée emportées à des distances
invraisemblables; les chariots renversés, les meubles brisés gisaient
pêle-mêle parmi l'amas des décombres. Quant aux champs environnants, ils
étaient littéralement fauchés. De pareils sinistres ont signalé la
journée du 4 juillet. A Cravant, commune du canton de Beaugency
(Loiret), une partie des maisons renversées ont enseveli sous leurs
ruines leurs habitants, plus ou moins grièvement blessés. La ville
d'Angers a été également fort éprouvée: outre des dégâts matériels
considérables, on a eu à y déplorer deux morts; quantité d'arbres
jonchaient le sol; sur les bords de la Maine, on remarquait un tronc
robuste que le cyclone avait non seulement décapité, mais encore
décortiqué d'une façon curieuse.
[Illustration: A Cravant: chambre d'une victime.]
A la même date, l'ouragan sévissait en Belgique. Sur la grande route de
Bruxelles, entre Ath et Enghien, au hameau de Bourlon, commune de
Bassilly, le moulin dit «du Prince» était détruit par la foudre; celui
de Ghislenghien, occupant une éminence, à l'intersection des routes de
Bruxelles et de Soignies, était complètement rasé.
[Illustration: EN BELGIQUE: le moulin «du Prince» à Bassilly, après
l'orage du 4 juillet. _Phot. Navau._]
[Illustration: A PARIS.--Le cortège escorté par le détachement des
marins américains arrivant à la gare des Invalides.]