CHAPITRE IV.

_Nomenclature des différentes parties constitutives de l'air de

l'atmosphère._

JUSQU'ICI j'ai été forcé de me servir de périphrases pour désigner

la nature des différentes substances qui composent notre atmosphère,

& j'ai adopté provisoirement ces expressions, _partie respirable,

partie non respirable de l'air_. Les détails dans lesquels je vais

entrer, exigent que je prenne une marche plus rapide, & qu'après avoir

cherché à donner des idées simples des différentes substances qui

entrent dans la composition de l'air de l'atmosphère, je les exprime

également par des mots simples.

La température de la planette que nous habitons se trouvant

très-voisine du degré où l'eau passe de l'état liquide à l'état solide,

& réciproquement, & ce phénomène s'opérant fréquemment sous nos yeux,

il n'est pas étonnant que dans toutes les langues, au moins dans les

climats où l'on éprouve une sorte d'hiver, on ait donné un nom à l'eau

devenue solide par l'absence du calorique.

Mais il n'a pas dû en être de même de l'eau réduite à l'état de vapeur

par une plus grande addition de calorique. Ceux qui n'ont pas fait une

étude particulière de ces objets, ignorent encore, qu'à un degré un peu

supérieur à celui de l'eau bouillante, l'eau se transforme en un fluide

élastique aériforme, susceptible comme tous les gaz, d'être reçu &

contenu dans des vaisseaux, & qui conserve sa forme gazeuse tant qu'il

éprouve une température supérieure à 80 degrés, jointe à une pression

égale à celle d'une colonne de 28 pouces de mercure. Ce phénomène ayant

échappé à la multitude, aucune langue n'a désigné l'eau dans cet état

par un nom particulier; & il en est de même de tous les fluides, & en

général, de toutes les substances qui ne sont point susceptibles de se

vaporiser au degré habituel de température & de pression dans lequel

nous vivons.

Par une suite de la même cause on n'a point donné de nom à la plupart

des fluides aériformes dans l'état liquide ou concret; on ignoroit que

ces fluides fussent le résultat de la combinaison d'une base avec le

calorique; & comme on ne les avoit jamais vus dans l'état de liquide

ni de solide, leur existence sous cette forme étoit inconnue même des

Physiciens.

Nous n'avons pas jugé qu'il nous fût permis de changer des noms reçus

& consacrés dans la société par un antique usage. Nous avons donc

attaché au mot d'_eau_ & de _glace_, leur signification vulgaire; nous

avons de même exprimé par le mot d'_air_ la collection des fluides

élastiques qui composent notre atmosphère; mais nous ne nous sommes

pas cru obligés au même respect pour des dénominations très-modernes

nouvellement proposées par les Physiciens. Nous avons pensé que nous

étions en droit de les rejetter & de leur en substituer d'autres

moins propres à induire en erreur; & lors même que nous nous sommes

déterminés à les adopter, nous n'avons fait aucune difficulté de les

modifier & d'y attacher des idées mieux arrêtées & plus circonscrites.

C'est principalement du Grec que nous avons tiré les mots nouveaux, &

nous avons fait en sorte que leur étymologie rappelât l'idée des choses

que nous nous proposions d'indiquer; nous nous sommes attachés sur-tout

à n'admettre que des mots courts, & autant qu'il étoit possible, qui

fussent susceptibles de former des adjectifs & des verbes.

D'après ces principes, nous avons conservé à l'exemple de M. Macquer,

le nom de _gaz_ employé par Vanhelmont, & nous avons rangé sous cette

dénomination, la classe nombreuse des fluides élastiques aériformes,

en faisant cependant une exception pour l'air de l'atmosphère. Le

mot _gaz_ est donc pour nous un nom générique, qui désigne le dernier

degré de saturation d'une substance quelconque par le calorique;

c'est l'expression d'une manière d'être des corps. Il s'agissoit

ensuite de spécifier chaque espèce de gaz, & nous y sommes parvenus en

empruntant un second nom de celui de sa base. Nous appellerons donc

gaz aqueux, l'eau combinée avec le calorique, & dans l'état de fluide

élastique aériforme: la combinaison de l'éther avec le calorique, sera

le gaz éthéré; celle de l'esprit-de-vin avec le calorique, sera le

gaz alkoolique; nous aurons de même le gaz acide muriatique, le gaz

ammoniaque, & ainsi de tous les autres. Je m'étendrai davantage sur cet

article quand il sera question de nommer les différentes bases.

On a vu que l'air de l'atmosphère étoit principalement composé de deux

fluides aériformes ou gaz, l'un respirable, susceptible d'entretenir

la vie des animaux, dans lequel les métaux se calcinent & les corps

combustibles peuvent brûler; l'autre qui a des propriétés absolument

opposées, que les animaux ne peuvent respirer, qui ne peut entretenir

la combustion, &c. Nous avons donné à la base de la portion respirable

de l'air le nom d'oxygène, en le dérivant de deux mots Grecs οξυς,

_acide_, & γεινομαι, _j'engendre_, parce qu'en effet une des propriétés

les plus générales de cette base est de former des acides, en se

combinant avec la plupart des substances. Nous appellerons donc gaz

oxygène la réunion de cette base avec le calorique: sa pesanteur dans

cet état est assez exactement d'un demi-grain poids de marc, par pouce

cube, ou d'une once & demie par pied cube, le tout à 10 degrés de

température, & à 28 pouces du baromètre.

Les propriétés chimiques de la partie non respirable de l'air de

l'atmosphère n'étant pas encore très-bien connues, nous nous sommes

contentés de déduire le nom de sa base de la propriété qu'a ce gaz

de priver de la vie les animaux qui le respirent: nous l'avons donc

nommé azote, de l'α privatif des Grecs, & de ζοη, _vie_, ainsi la

partie non respirable de l'air sera le gaz azotique. Sa pesanteur est

d'une once, 2 gros, 48 grains le pied cube, ou de 0,4444 grain le pouce

cube.

Nous ne nous sommes pas dissimulé que ce nom présentoit quelque chose

d'extraordinaire; mais c'est le sort de tous les noms nouveaux; ce

n'est que par l'usage qu'on se familiarise avec eux. Nous en avons

d'ailleurs cherché long-temps un meilleur, sans qu'il nous ait été

possible de le rencontrer: nous avions été tentés d'abord de le

nommer gaz alkaligène, parce qu'il est prouvé, par les expériences

de M. Berthollet, comme on le verra dans la suite, que ce gaz entre

dans la composition de l'alkali volatil ou ammoniaque: mais d'un autre

côté, nous n'avons point encore la preuve qu'il soit un des principes

constitutifs des autres alkalis: il est d'ailleurs prouvé qu'il entre

également dans la combinaison de l'acide nitrique; on auroit donc été

tout aussi fondé à le nommer principe nitrigène. Enfin nous avons dû

rejetter un nom qui comportoit une idée systématique, & nous n'avons

pas risqué de nous tromper en adoptant celui d'_azote_ & de gaz

azotique, qui n'exprime qu'un fait ou plutôt qu'une propriété, celle de

priver de la vie les animaux qui respirent ce gaz.

J'anticiperois sur des notions réservées pour des articles subséquens,

si je m'étendois davantage sur la nomenclature des différentes espèces

de gaz. Il me suffit d'avoir donné ici, non la dénomination de tous,

mais la méthode de les nommer tous. Le mérite de la nomenclature que

nous avons adoptée, consiste principalement en ce que la substance

simple étant nommée, le nom de tous ses composés découle nécessairement

de ce premier mot.

Traité élémentaire de chimie, tome 1 Présenté dans un ordre nouveau et d'après les découvertes modernes; avec Figures · 第 12 / 81 题